Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Que la grâce et la paix de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ soient avec vous tous.
Seigneur, aie pitié de nous. Ô Christ, aie pitié de nous. Seigneur, aie pitié de nous.
Il y a, dans le souvenir de Benjamin, une image qui revient comme un fil conducteur, une scène presque banale qui, à y regarder de plus près, révèle toute la structure de son âme. C’est celle de Ben, à quinze ans, assis à côté de son papa, les yeux fixés sur le tarmac d’un aéroport, en train d’observer le mouvement précis des avions, de discuter de la mécanique du vol ou de la complexité d’un système informatique avec cette passion lucide qui était la sienne. Il y avait dans ces moments-là une sorte de calme, une capacité à contempler le monde non pas comme un chaos, mais comme un système magnifique, un réseau de relations et de lois qu’il aimait comprendre. Quatre mois ont passé depuis ce treize juin 2026, et pour vous, Alan, Thao et Ryan, ces moments sont devenus des balises, des points de repère dans la géographie intérieure de votre deuil.
Regardez la première lecture, ce passage de saint Paul aux Philippiens. Il nous parle de l’obéissance, mais d’une obéissance qui n’est pas une soumission aveugle. Il écrit : « C’est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire, selon son dessein bienveillant. » C’est une phrase qui nous arrête. Souvent, nous pensons que la vie est le résultat de nos propres calculs, de nos propres plans, de nos propres forces. Nous bâtissons, nous codons, nous planifions, nous essayons d’organiser le futur. Benjamin était un bâtisseur, avec son intelligence vive, ses projets de « Con Chim Airlines », son désir de comprendre les systèmes complexes. Mais saint Paul nous rappelle que, derrière tout cela, il y a un dessein plus grand, un dessein de Dieu qui travaille en nous, même quand la trajectoire semble brisée, même quand le vol semble interrompu par une tempête imprévue.
Je sais que la tentation, dans le silence de la maison, est de se demander : « Pourquoi ? » On cherche une erreur, on cherche un moment où l’on aurait pu faire différemment. Je vous le dis avec une douceur infinie : chassez cette ombre. La maladie n’est pas une punition, elle n’est la faute de personne. Lorsque les disciples demandaient qui avait péché pour qu’un homme naisse aveugle, Jésus a tranché : ni lui, ni ses parents. La souffrance n’est jamais une réponse à une faute. Vous avez été pour Benjamin des parents d’une fidélité héroïque, des veilleurs qui n’ont jamais quitté son chevet, des guides qui ont tout donné. Vous n’avez rien manqué. Vous n’êtes pas responsables de ce qui est arrivé. Dieu ne vous accuse pas, et vous ne devez pas vous accuser vous-mêmes. Laissez tomber ce fardeau, car il ne vous appartient pas.
Dans l’Évangile, Jésus nous parle de calculer le coût de la tour à bâtir, de mesurer ses forces avant d’aller au combat. C’est un langage de bâtisseur. Jésus nous invite à la lucidité. Il nous dit : « Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas à ma suite ne peut être mon disciple. » Porter sa croix, ce n’est pas chercher la souffrance, c’est accepter la réalité telle qu’elle se présente, avec ses limites, ses deuils, ses vides, et choisir, malgré tout, de continuer à marcher vers le Christ. Benjamin, dans sa courte vie, a porté sa croix avec une dignité qui dépasse son âge. Il n’a pas cherché à fuir. Il a accueilli chaque jour, avec ses défis, avec ses espoirs, avec ce sourire qui, malgré les épreuves, restait comme une trace de lumière sur son visage.
Vous souvenez-vous de cette générosité, cette fois où il a voulu offrir toute sa tirelire pour aider son oncle William ? Il n’a pas brisé, il n’a pas vidé, il n’a pas fait de grand geste théâtral. Il a simplement fait l’offre. C’était le geste d’un garçon qui avait compris que, dans la vie, le seul vrai calcul qui compte n’est pas celui des ressources, mais celui de l’amour. Ce geste, ce n’était pas un calcul d’ingénieur, c’était un élan du cœur. Et c’est cet élan qui continue aujourd’hui à travers ce puits de vie à Cà Mau, ce Giếng Gioan Baotixita. Chaque goutte d’eau qui désaltère un assoiffé là-bas, c’est Benjamin qui continue de donner, c’est son amour qui continue de circuler. Ce n’est pas une œuvre de mort, c’est une œuvre de vie.
Ryan, mon garçon, regarde-moi. Ton frère était un esprit brillant, un bâtisseur de rêves. Mais il était surtout ton frère, celui avec qui tu as partagé tant de moments, des rires dans les aéroports aux rêves de Cybertrucks. Ne pense pas que ce lien est rompu. La mort est un voile, pas un mur. Benjamin est toujours ton frère, il est toujours là, dans cette communion des saints où le temps ne compte plus. Quand tu te sens seul, parle-lui. Il est fier de toi, il est fier de l’homme que tu deviens. Il veille sur toi avec cet amour qui ne connaît plus de limites.
Alan et Thao, le chemin est long. Il y a des jours où la tristesse est comme une mer qui monte. Mais le Seigneur est votre rocher. Il ne vous demande pas de comprendre le « pourquoi » de la tour qui n’a pas été finie sur terre, car au ciel, il a déjà terminé l’ouvrage. Benjamin est dans la maison du Père, il est dans la lumière, il est dans la plénitude. Il ne souffre plus, il ne craint plus, il ne cherche plus à comprendre : il voit. Il voit le visage de Dieu, et dans ce visage, il voit votre amour pour lui, un amour qui l’a accompagné jusqu’au bout du monde et jusqu’au seuil de l’éternité.
Ne cherchez pas à être des héros de la douleur. Soyez simplement des enfants de Dieu. Quand la peur ou le regret vous assaillent, souvenez-vous de cette image de Ben, souriant, calme, observant le ciel. Il est là, dans cette paix. Il vous attend. Et en attendant, il vous demande de vivre, de continuer à bâtir, de continuer à aimer, de ne pas laisser votre cœur se fermer. Chaque acte de bonté que vous faites, chaque geste de service, chaque prière est un pont que vous jetez vers lui. Vous n’êtes pas seuls. Vous êtes portés par la prière de toute l’Église, et par la présence invisible de Benjamin qui, je vous le promets, vous aime plus que jamais.
La vie est un voyage, et parfois, certains d’entre nous arrivent à destination plus tôt que d’autres. Mais le voyage, ce n’est pas la distance parcourue, c’est la qualité de l’amour partagé en chemin. Vous avez donné à Benjamin un amour immense, un amour qui a fait de lui le garçon merveilleux qu’il était. Cet amour est éternel. Il est la seule chose que la mort ne peut pas toucher. Alors, aujourd’hui, je vous invite à faire ce petit pas : quand vous sortirez d’ici, au lieu de regarder le vide, regardez la lumière. Regardez le ciel. Et dites-vous : « Ben est là, il est en sécurité, et il nous attend. » C’est votre promesse. C’est votre espérance. C’est la certitude que, malgré tout, l’amour a déjà gagné. Amen.
For the intentions entrusted to Ben on our prayer wall:
Comme nous l’avons appris du Sauveur, et selon son commandement, nous osons dire :
Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Amen.
Que le Seigneur vous bénisse et vous garde, qu’il fasse briller sur vous son visage et vous donne la paix. Allez dans la paix du Christ.
✝ Que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.