Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Que la grâce et la paix de Dieu notre Père et de Jésus-Christ notre Seigneur soient avec vous tous.
Seigneur, aie pitié de nous. Ô Christ, aie pitié de nous. Seigneur, aie pitié de nous.
Il y a, dans la vie de chaque personne, des moments de bascule, des instants où la vérité se révèle non pas dans un grand discours, mais dans un geste simple, presque fragile. Dans l'Évangile d'aujourd'hui, nous voyons cette femme entrer dans la maison du pharisien. Elle n'est pas invitée. Elle n'est pas attendue. Elle est une pécheresse, une femme dont le poids de la vie est devenu trop lourd à porter seule. Elle s'approche de Jésus, non pas pour parler, mais pour pleurer. Ses larmes baignent les pieds du Seigneur, et ses cheveux deviennent le linge qui les essuie. C'est une scène d'une intimité bouleversante, une scène où la dignité ne se trouve pas dans la respectabilité sociale, mais dans la vérité du cœur qui s'abandonne.
Regardez cette image : une femme aux pieds d'un homme, dans une maison qui n'est pas la sienne, offrant ce qu'elle a de plus précieux — ses larmes et son parfum — pour honorer Celui qui, seul, peut lire ce qu'il y a dans son âme. Cette image du parfum, de l'onction, est une image de réparation. Elle ne cherche pas à justifier son passé, elle ne cherche pas d'excuses. Elle se présente telle qu'elle est : brisée, aimante, assoiffée de miséricorde. Et Jésus, qui voit tout, ne la rejette pas. Il la voit, Il la nomme, Il la restaure.
Je pense à Benjamin Vo. Je pense à ce garçon de quinze ans, à son esprit si vif, à cette curiosité qui le poussait à explorer les systèmes complexes du cloud, à ces moments où il rêvait de sa propre compagnie aérienne, « Con Chim Airlines », avec ce rire si contagieux et ce sourire qui illuminait tout son visage. Ben était un garçon qui, comme cette femme, savait que le cœur est fait pour l'offrande. Vous souvenez-vous de cette fois où il a voulu offrir tout le contenu de sa tirelire pour aider son oncle William, qui souffrait de deux accidents vasculaires cérébraux ? Il n'a pas brisé cette tirelire, il ne l'a pas vidée, il n'a pas fait de grand spectacle. Il a simplement fait l'offre. C'était un geste pur, un geste d'un garçon qui comprenait, avec la sagesse des saints, que ce que nous possédons n'a de valeur que si cela peut servir à soulager la peine d'un autre. Ben était, au fond de lui, une âme qui se donnait.
Je sais, Alan et Thao, que depuis ce 13 juin, votre maison semble habitée par un silence qui n'a pas de nom. Je sais que la douleur est un hôte qui ne demande pas la permission de s'installer. Il y a des matins où le réveil est un assaut, où le souvenir de Ben, de sa présence, de ce lien si profond qui vous unissait, devient une blessure à vif. Vous portez ce deuil avec une dignité qui me bouleverse, mais je veux vous dire aujourd'hui une vérité essentielle, une vérité qui doit briser les chaînes de la culpabilité. Dans le deuil, l'esprit humain, dans sa détresse, cherche souvent un coupable. On repasse les jours, les heures, les décisions. On se demande si l'on a manqué quelque chose, si on aurait pu faire autrement. C'est un mensonge. C'est une morsure de l'ennemi qui cherche à vous voler la paix. Comme Jésus l'a dit à propos de l'aveugle-né : « Ni lui, ni ses parents n'ont péché. » La maladie, cette épreuve que Ben a traversée avec tant de courage, n'est pas une punition. Ce n'est pas votre faute. Vous avez été des parents admirables, des gardiens de son âme, des témoins de son amour. Dieu ne vous accuse pas. Pourquoi vous accuseriez-vous vous-mêmes ? Déposez ce fardeau. Il est trop lourd pour vous, et il n'a pas sa place devant le Seigneur qui vous aime.
Regardez la grâce de Dieu, dont parle saint Paul dans la première lecture. « Par la grâce de Dieu, je suis ce que je suis, et sa grâce envers moi n'a pas été sans effet. » Paul, qui se considérait comme le moindre des apôtres parce qu'il avait persécuté l'Église, ne se laisse pas définir par son passé. Il se laisse définir par la grâce. La grâce n'est pas une récompense pour les parfaits ; c'est une force pour les brisés. C'est cette même grâce qui a soutenu Ben. C'est cette grâce qui fait que, même dans l'épreuve, il restait ce garçon doux, respectueux, aimant. Il était un garçon qui savait que « essayer, c'est tout ce qui compte ». Il ne craignait pas l'échec, il ne craignait pas la faiblesse. Il vivait avec une détermination simple, une foi qui ne demandait pas à comprendre le pourquoi de tout, mais qui s'appuyait sur l'amour de ses parents et sur celui de son Dieu.
Ryan, mon garçon, regarde-moi. Ton frère Ben est ton ange. Il t'a appris à aimer, à protéger, à rêver. Il ne t'a pas laissé orphelin de son amour. Il est présent dans chaque souvenir, dans chaque rire que tu partages, dans chaque projet que tu entreprendras. Il est fier de toi. Il t'aime d'un amour qui n'a plus besoin de mots, car il est ancré dans le Cœur de Dieu. Ne te sens jamais coupable de vivre, de grandir, de rire. C'est la plus belle prière que tu puisses offrir à Ben : celle de ta propre vie, vécue avec courage. Tu es le porteur de son héritage, de cette curiosité, de cette gentillesse qui était la sienne. Ben ne veut pas que tu restes figé dans la tristesse ; il veut que tu voles, comme il aimait regarder les avions voler, avec la liberté des enfants de Dieu.
Alan et Thao, votre amour pour Ben continue de couler, comme cette eau vive du puits creusé en son nom au Vietnam, le « Giếng Gioan Baotixita ». C'est là que se trouve la victoire de la vie sur la mort. Vous avez transformé votre douleur en source. Vous avez pris ce que vous aviez de plus précieux — votre fils — et vous avez permis que son nom devienne synonyme d'espérance pour ceux qui n'ont rien. C'est cela, être chrétien : c'est ne pas laisser la mort avoir le dernier mot, mais forcer la vie à jaillir du rocher. Ben est là, dans chaque goutte d'eau, dans chaque enfant qui boit, dans chaque sourire d'un inconnu soulagé. Il n'est pas enfermé dans un passé, il est actif dans votre charité. Chaque fois que vous aidez quelqu'un, chaque fois que vous faites preuve de compassion, c'est un peu de l'amour de Ben qui se répand dans le monde.
Je sais que vous attendez un signe. Vous avez cherché Ben dans vos rêves, dans le silence, dans les signes de l'aviation qu'il aimait tant. Il est là, il vous enveloppe. Il vous attend, non pas dans le passé, mais dans la plénitude de Dieu. Il est avec saint Carlo Acutis, ces deux âmes jeunes et brillantes qui, ayant fini leur course, partagent maintenant la paix du Banquet du Ciel. Ils ne sont pas loin. Ils sont dans le mystère de la communion des saints, là où le temps n'existe plus, là où il n'y a plus de maladie, plus de larmes, plus de « pourquoi ».
Alors, que pouvez-vous emporter aujourd'hui ? Une seule chose : la permission d'être vulnérables. Ne cherchez pas à être des héros de résilience. Soyez simplement des enfants de Dieu qui, comme cette femme dans l'Évangile, osent apporter leurs larmes aux pieds de Jésus. Il ne vous demande pas d'être forts, Il vous demande d'être à Lui. Si vous pleurez, pleurez. Si vous vous sentez perdus, cherchez la main de Jésus. Il est là, dans le silence, dans la prière, dans le souvenir de ce garçon qui, par sa simple présence, a changé votre vie pour toujours.
Ce soir, en rentrant, regardez le ciel. Pensez à Ben, non pas comme à un garçon parti trop tôt, mais comme à un garçon qui a fini son vol, qui a atterri en toute sécurité dans les bras du Père, et qui, depuis là-haut, vous regarde avec ce sourire si doux. Il vous aime. Et le Seigneur, qui a partagé la douleur d'une mère au pied de la Croix, partage la vôtre. Il vous tient. Vous n'êtes pas seuls. Vous êtes aimés, infiniment, éternellement. Et cela, rien ne pourra jamais vous l'enlever. Amen.
For the intentions entrusted to Ben on our prayer wall:
Comme nous l’avons appris du Sauveur, et selon son commandement, nous osons dire :
Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Amen.
Que le Seigneur vous bénisse, qu'il vous garde dans sa paix, et qu'il fasse briller sur vous la lumière de son visage. Allez dans la paix du Christ.
✝ Que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.