Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Que la grâce et la paix de notre Seigneur Jésus-Christ, qui a porté le bois de la Croix pour nous ouvrir les portes du ciel, soient avec vous tous.
Seigneur Jésus, élevé sur le bois pour nous sauver, prends pitié de nous. Ô Christ, qui as vaincu la mort par ton humble obéissance, prends pitié de nous. Seigneur, tu es le roc de notre salut et notre espérance, prends pitié de nous.
Il y a, dans la mémoire de ceux qui ont aimé profondément, des images qui ne s'effacent pas, des instantanés qui semblent capter l'essence même d'une âme. Je pense à cette photo de Benjamin Vo, debout au bord de la rivière à Lourdes, le regard tourné vers la basilique, son bras entourant avec une tendresse infinie son frère Ryan. Il y a dans ce geste une maturité qui dépasse ses quatorze ans, une manière d'être le gardien de son frère, le protecteur de sa joie, le témoin de sa croissance. Ben n'était pas seulement un garçon à l'esprit brillant, capable de jongler avec les architectures cloud et de bâtir des mondes numériques ; il était un garçon qui savait, par intuition, que la vie ne se mesure pas à l'accumulation des connaissances, mais à la capacité de se tenir là, présent, auprès de ceux que l'on aime, surtout quand le ciel semble se couvrir.
Regardez aujourd'hui cette lecture du livre des Nombres. Le peuple, fatigué par la rudesse du désert, se plaint. « Pourquoi nous avez-vous fait monter d'Égypte ? » demandent-ils. Ils ont faim, ils ont soif, ils ont peur. Et dans ce désert de l'existence, quand la souffrance frappe, nous connaissons tous, au fond de nous, cette tentation de murmurer contre Dieu, de demander « pourquoi ». C'est une réaction humaine, presque instinctive, face à ce qui nous dépasse. Mais voyez la réponse de Dieu : Il ne retire pas le désert, Il ne supprime pas l'épreuve, mais Il donne un signe. Il demande à Moïse d'élever un serpent de bronze sur un poteau. Quiconque est mordu, s'il lève les yeux vers ce signe, vivra. Ce n'est pas de la magie. C'est une invitation à changer de perspective. C'est une invitation à ne plus regarder la morsure, la douleur, la plaie, mais à regarder vers ce que Dieu propose comme remède.
Jésus, dans l'Évangile de Jean, nous révèle le mystère caché derrière ce signe ancien : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle. » La Croix n'est pas un instrument de défaite. Elle est le poteau sur lequel l'Amour a été élevé pour que nous puissions, en levant les yeux, comprendre que Dieu n'est pas un spectateur lointain de nos douleurs, mais Celui qui les a traversées. Il a pris sur Lui tout ce qui nous mord, tout ce qui nous blesse, tout ce qui nous sépare.
Je sais que pour vous, Alan et Thao, et pour toi, Ryan, la Croix n'est pas une théorie théologique. C'est le poids quotidien de l'absence de Ben, ce vide qui habite la maison depuis le 13 juin, ces moments où le silence devient si lourd qu'on a l'impression d'étouffer. Je veux vous dire une vérité que le Christ, élevé sur la Croix, nous crie à travers les siècles : vous n'avez pas à porter ce poids seuls. Et surtout, vous ne devez pas laisser la culpabilité s'installer dans les replis de votre cœur. Il arrive, dans la fatigue du deuil, que l'esprit se retourne contre lui-même. On se demande : « Si j'avais fait ceci... si j'avais remarqué cela... ». C'est une tentation cruelle. C'est une morsure de serpent qui cherche à vous faire douter de l'amour que vous avez donné. Je vous le dis avec la certitude de l'Évangile : vous avez été des parents admirables. Vous avez aimé Ben avec une intensité qui est, en elle-même, une participation au mystère de la Croix. Vous n'avez rien manqué. Dieu ne vous demande pas des comptes sur la maladie, Il vous accueille avec votre amour. Laissez cette pierre de culpabilité au pied de la Croix. Elle ne vous appartient pas. Elle est un mensonge que l'ennemi vous souffle pour vous empêcher de voir la lumière.
Benjamin, lui, avait compris ce secret. Il était un garçon qui, malgré son intelligence analytique, savait s'abandonner. Vous souvenez-vous de cette offre, si simple et si pure, lorsqu'il a voulu donner tout le contenu de sa tirelire pour aider son oncle William ? Il n'a pas brisé la tirelire, il ne l'a pas vidée, mais il a fait l'offre. C'était un geste de cœur, un geste qui disait : « Tout ce que j'ai est à toi. » C'est exactement ce que Jésus fait sur la Croix. Il ne garde rien pour Lui. Il se donne tout entier. Ben, à sa manière, était déjà dans cette dynamique de l'offrande. Il n'était pas un garçon qui calculait son profit, il était un garçon qui calculait comment il pouvait servir, comment il pouvait faire sourire, comment il pouvait être présent.
Ryan, mon cher garçon, regarde-moi. Ton frère était ton complice, ton meilleur ami. Je sais que les jours sans lui sont parfois des déserts. Mais souviens-toi de ce moment où, sur les hauteurs d'une ville, vous regardiez ensemble l'horizon. Ce regard, cette curiosité, ce rire que Ben avait quand il parlait de son entreprise imaginaire, « Con Chim Airlines », tout cela vit en toi. Il n'est pas parti loin. Il est dans la lumière de Dieu, et il est ton intercesseur. Ne te sens pas obligé de porter le deuil comme une armure. Tu as le droit de vivre, de rire, de construire, de rêver. Ben est fier de toi. Il t'aime. Cet amour est le lien que la mort ne peut pas rompre.
Alan et Thao, votre générosité, ce puits creusé au Vietnam, ce « Giếng Gioan Baotixita » qui donne l'eau vive aux assoiffés, est le prolongement de cette tirelire que Ben n'a jamais eu besoin de briser, car son cœur était déjà brisé par l'amour pour les autres. Vous transformez votre douleur en une source de vie pour ceux qui ont soif. C'est là que se trouve la victoire de la Croix. La mort ne gagne pas quand elle engendre la vie ailleurs. En aidant ces enfants, en soulageant ces familles, vous faites couler l'amour de Ben dans le monde. Vous n'êtes pas seuls. Vous êtes portés par la prière de toute une communauté qui, à travers vous, apprend ce que signifie aimer au-delà de la perte.
Regardez le Crucifié aujourd'hui. Il ne vous regarde pas avec sévérité. Il vous regarde avec une compassion infinie. Il connaît la douleur de perdre un fils. Il connaît le cri du cœur. Il vous invite, dans vos moments de détresse, à lever les yeux vers Lui. Pas pour oublier Ben, mais pour trouver dans les plaies du Christ le lieu où Ben repose maintenant. Il est en sécurité. Il est en paix. Il est dans le Banquet du Ciel, peut-être en train de discuter avec saint Carlo Acutis de la beauté des systèmes complexes et de la grandeur de l'amour de Dieu. Il est bien. Et vous aussi, vous serez bien.
Emportez ceci avec vous aujourd'hui : la liberté. La liberté de ne plus vous accuser, la liberté de ne plus porter le poids du « pourquoi ». La Croix nous enseigne que le « pourquoi » n'a pas de réponse humaine, mais que le « qui » a un nom : Jésus. Il est le Chemin, la Vérité et la Vie. Il vous aime. Il porte avec vous ce fardeau, et Il vous promet que, dans le jardin de l'éternité, vous retrouverez ce sourire, cette curiosité et cette tendresse qui ont fait de Benjamin Vo une lumière si précieuse pour vous tous. Marchez dans la confiance, un jour à la fois, en sachant que vous êtes aimés d'un amour qui est plus fort que la mort, plus profond que le désert, plus élevé que la Croix. Amen.
For the intentions entrusted to Ben on our prayer wall:
Comme nous l’avons appris du Sauveur, et selon son commandement, nous osons dire :
Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Amen.
Que la bénédiction du Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, descende sur vous et demeure toujours avec vous. Allez dans la paix du Christ.
✝ Que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.