Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous alors que nous nous rassemblons pour honorer la mémoire de saint Jean le Baptiste et confier notre cher Benjamin à la tendresse de Dieu.
Seigneur, envoyé pour guérir les cœurs brisés, prends pitié de nous. Ô Christ, venu appeler les pécheurs et consoler ceux qui pleurent, prends pitié de nous. Seigneur, qui intercèdes pour nous auprès du Père, prends pitié de nous.
Regardez un instant les objets qui se trouvent sur votre table ce soir. Un verre d'eau, une fourchette, peut-être un simple plateau en bois ou en métal. Ce sont des objets familiers, domestiques, presque invisibles à force d'être quotidiens. Un plateau est fait pour porter la vie : il apporte le pain, il soutient la boisson, il sert le partage. Mais dans l'Évangile de ce jour, ce même objet devient le porteur de l'horreur. « Je veux que tu me donnes à l'instant, sur un plateau, la tête de Jean le Baptiste. »
Cette image du plateau, je voudrais que nous la gardions à l'esprit tout au long de notre réflexion. Car elle représente ce que le monde peut faire de plus cruel : réduire une vie immense, une voix prophétique, un destin sacré, à un simple objet que l'on déplace pour satisfaire le caprice d'un roi ou la rancune d'une reine. Le plateau de l'Évangile, c'est le symbole de la vie interrompue, de la justice bafouée, et de ce sentiment d'impuissance qui nous saisit quand le mal semble avoir le dernier mot.
Mais avant d'aller plus loin, nous devons nommer la vérité de notre propre douleur. Nous sommes le 29 août. Cela fait maintenant un peu plus de deux mois que Benjamin Vo nous a quittés, ce 13 juin 2026. Deux mois.
Dans le temps du deuil, deux mois est une étape étrange et difficile. Le tumulte des premiers jours s'est tu. Les fleurs ont fané. Les messages de soutien se font plus rares car le monde, dans sa course folle, semble avoir repris son cours. Mais pour vous, Alan et Thao, et pour toi, Ryan, le silence est devenu plus assourdissant. La maison porte les traces de son absence : un manuel de mathématiques, un écran d'ordinateur, ou simplement ce vide immense là où son sourire éclairait la pièce. C'est le moment où la réalité s'installe, lourde comme le fer. On réalise que ce n'est pas un mauvais rêve, mais une nouvelle et douloureuse façon de vivre.
Il est essentiel de dire cette vérité avant de chercher la consolation. Si votre cœur saigne encore, c'est parce que l'amour est là, intact. La douleur n'est pas l'ennemie de la foi ; elle est l'hommage que le temps rend à l'éternité de votre lien avec Ben.
Dans ce silence, une question peut parfois surgir, comme un poison lent : « Pourquoi ? » Et avec elle, son ombre portée : « Aurions-nous pu empêcher cela ? » Devant la fin tragique de Jean le Baptiste, ses disciples ont dû ressentir cette même détresse. Ils sont venus, ils ont pris son corps et l'ont mis au tombeau. Ils n'ont pas pu arrêter le bourreau. Ils n'ont pas pu changer le décret d'Hérode.
Écoutez-moi bien, Alan et Thao. Parfois, nous portons le poids d'un plateau que nous n'avons pas choisi. La maladie, comme la cruauté d'Hérode, frappe de manière aveugle et injuste. Un jour, devant une souffrance qui semblait n'avoir aucun sens, on a demandé à Jésus : « Qui a péché, lui ou ses parents ? » Et Jésus a répondu avec une clarté absolue : « Ni lui, ni ses parents. »
Laissez ces mots de Jésus libérer vos cœurs. La perte de Benjamin n'est pas une punition. Ce n'est pas le résultat d'une erreur, d'un manque de vigilance ou d'un choix médical que vous auriez dû faire autrement. Il y a des mystères de douleur dans notre condition humaine qui échappent totalement à notre volonté et à notre amour, aussi immense soit-il. Vous avez été des parents parfaits pour lui. Vous avez été son port, sa joie, sa fierté. Ne laissez aucune culpabilité s'installer sur le plateau de votre mémoire. Dieu ne vous accuse de rien ; Il pleure avec vous.
C’est ici que le « tournant » de la Parole de Dieu vient briser la fatalité du plateau d'Hérode. Saint Paul, dans la première lecture, nous dit quelque chose de révolutionnaire : « Dieu a choisi ce qui est faible dans le monde pour confondre ce qui est fort. »
Aux yeux du monde, Jean le Baptiste finit « faible », décapité dans une prison sombre. Aux yeux du monde, une vie de quinze ans qui s'arrête est une vie « incomplète ». Mais Paul nous dit que les critères de Dieu ne sont pas les nôtres. Dieu ne regarde pas la longueur de la vie, mais la profondeur de l'empreinte qu'elle laisse. Il ne regarde pas la puissance humaine, mais la pureté du cœur.
Benjamin était un garçon d'une intelligence rare, une sorte de « photocopie » de son père, non seulement par les traits du visage, mais par cette clarté d'esprit qui lui permettait de jongler avec les mathématiques et le code informatique à un âge où d'autres commencent à peine à comprendre le monde. Il aimait la logique, la structure, la précision des environnements AWS ou de l'IA. Mais cette brillance n'était pas froide. Elle était habitée par une âme d'une douceur infinie.
Ben nous a montré que l'on peut être un génie de la technologie et garder un cœur d'enfant, capable de pleurer d'avance à l'idée de perdre son père lors d'un quarantième anniversaire. Cette sensibilité, cette empathie profonde, c'était sa véritable force. C'est ce que Paul appelle « la sagesse de Dieu ». Pour le monde, être aussi sensible est une faiblesse. Pour Dieu, c'est la marque des élus.
Et puis, il y avait cette passion pour le ciel. Benjamin ne regardait pas seulement ses écrans ; il regardait les oiseaux, les avions, et particulièrement le Boeing 737. Il avait ce rêve magnifique, presque prophétique, de créer une compagnie aérienne : « Con Chim Airlines ». La compagnie des oiseaux.
Quelle image sublime pour nous aujourd'hui ! Un avion, c'est ce qui s'arrache à la pesanteur du sol. C'est ce qui transforme un tarmac de béton en une piste vers l'infini. Ben aimait faire du « spotting » avec son père, guettant le moment où l'appareil quitte la terre. Aujourd'hui, nous pouvons contempler Benjamin comme ayant lui-même pris son envol définitif. Il n'est plus sur le « plateau » de la souffrance terrestre. Il a rejoint les hauteurs qu'il aimait tant.
Son deuxième prénom, Đại Dương, signifie « Grand Océan ». L'océan et le ciel se rejoignent à l'horizon, là où l'œil humain ne peut plus distinguer la limite. C'est là que Ben se trouve. Il est dans cet espace de liberté totale où la respiration est facile, où la lumière ne décline jamais.
Je m'adresse à toi, Ryan. Ton frère était ton meilleur ami. Vous étiez les « quatre parfaits » avec papa et maman. Aujourd'hui, le rang semble brisé, mais écoute bien : le lien entre deux frères est comme une ligne de code que rien ne peut effacer. Benjamin continue de t'accompagner. Il est fier de toi. Chaque fois que tu réussiras quelque chose, chaque fois que tu riras de bon cœur, il sera là, dans ce reflet de joie. Ne porte pas la tristesse comme une obligation. Vis pour deux, grandis pour deux, et sache qu'il est ton ange gardien le plus proche.
Et à vous tous qui nous écoutez, peut-être de loin, peut-être vous-mêmes porteurs d'une croix pesante ou parents d'un enfant qui souffre : voyez comment l'amour de Benjamin continue de porter du fruit. Ce puits, le « Giếng Gioan Baotixita », creusé au Vietnam en son nom, est la réponse de Dieu au plateau de la mort. Là où le monde a voulu prendre une vie, l'amour de Benjamin donne maintenant de l'eau vive à ceux qui ont soif. C'est cela, la victoire du Christ : transformer un tombeau en une source.
Le Seigneur nous a fait une promesse dans le Psaume : « Notre âme attend le Seigneur, Il est notre secours et notre bouclier. » Cette attente n'est pas un vide, c'est une espérance active.
Je pense à ce rêve merveilleux que son père a fait le 23 juillet. Alan et Ben faisaient la queue pour une glace, et c'est Benjamin qui payait. Dans ce rêve, les rôles sont inversés. Ce n'est plus le père qui subvient aux besoins de l'enfant, c'est l'enfant qui, dans la paix du Ciel, invite son père à la douceur. C'est une manière pour Ben de vous dire : « Tout va bien. Ici, tout est abondance. Je prépare la table pour vous. » Ce n'est plus le plateau de la décapitation, c'est le plateau de la fête, celui où l'on sert la joie éternelle.
Que pouvons-nous emporter avec nous aujourd'hui, en sortant de cette prière ?
Je vous propose un petit geste concret. Ce soir, quand vous vous mettrez à table, regardez votre assiette ou votre plateau. Ne le voyez plus comme un objet ordinaire. Voyez-le comme une invitation au banquet que Dieu prépare pour nous.
Prenez un instant de silence, et au lieu de vous concentrer sur ce qui manque — cette chaise vide qui fait si mal — essayez de visualiser Benjamin dans la lumière, souriant, peut-être en train de dessiner les plans d'un nouvel avion ou de coder une application céleste.
Dites simplement : « Seigneur, merci pour le cadeau qu'a été la vie de Benjamin. Aide-nous à vivre avec sa détermination, sa curiosité et sa douceur. »
Que la Vierge Marie, qui a connu la douleur de voir son fils mourir injustement, vous prenne dans ses bras. Qu'elle console Alan, Thao, Ryan et toute la famille. Que saint Jean le Baptiste, le précurseur, guide Benjamin dans les sentiers du Paradis. Et que la certitude des retrouvailles soit plus forte que la douleur de l'absence.
Benjamin, petit oiseau de Dieu, vole haut, vole en paix. Nous ne t'oublierons jamais, et nous savons que tu veilles sur nous jusqu'au jour où, ensemble, nous nous assoirons à la table du Royaume pour ne plus jamais nous quitter.
Amen.
For the intentions entrusted to Ben on our prayer wall:
Comme nous l’avons appris du Sauveur, et selon son commandement, nous osons dire :
Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Amen.
Que le Seigneur nous bénisse et nous garde, qu'il fasse briller sur nous son visage et nous apporte la paix, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
✝ Que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.