Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Que la grâce et la paix de Dieu notre Père et de Jésus-Christ notre Seigneur soient avec vous tous.
Seigneur, aie pitié de nous. Ô Christ, aie pitié de nous. Seigneur, aie pitié de nous.
Imaginez, un instant, le calme plat d'un lac au petit matin. C’est le lac de Génésareth, là où Jésus se tient dans l’Évangile d’aujourd’hui. Il y a une foule qui se presse, qui veut entendre une parole de vie, mais il y a aussi, un peu plus loin, le silence des pêcheurs. Simon et ses compagnons sont là, leurs bateaux sont vides, leurs filets sont lavés. Ils ont travaillé toute la nuit. Ils ont tout essayé, avec toute leur expérience, toute leur logique de métier, toute leur force. Et pourtant, le résultat est le même : rien. Le vide.
C’est une image qui, je le sais, résonne douloureusement dans le silence de votre maison, Alan, Thao, et pour toi, Ryan. Cela fait deux mois, depuis ce 13 juin 2026, que Benjamin Vo a rejoint le Banquet du Père. Deux mois… Le monde extérieur a repris sa course, les avions continuent de tracer des sillons dans le ciel, mais pour vous, le temps semble parfois s’être arrêté sur ce constat : le filet est vide. On a tout donné, on a tout aimé, on a veillé avec une vigilance d’ange, on a traversé le monde pour offrir à Ben le meilleur de la vie, et pourtant, le vide est là, immense, silencieux, indépassable.
Je veux vous dire la vérité, car c’est la seule chose qui soit digne de votre amour : cette peine est le signe de la profondeur de votre lien. On ne pleure pas ainsi ce que l’on n’a pas chéri à l’infini. Mais il y a un bruit parasite qui vient parfois troubler ce silence, une voix qui murmure au cœur de la nuit : « Est-ce que j’ai manqué quelque chose ? Si j’avais agi autrement, si j’avais vu ceci ou cela ? »
Laissez-moi vous libérer de ce fardeau aujourd'hui. Souvenez-vous de la réponse de Jésus à ceux qui cherchaient une faute dans la maladie de l'aveugle : « Ni lui, ni ses parents. » La maladie qui a touché Benjamin n’est la faute de personne. Elle n’est pas le résultat d’un oubli, d’un manque de soin, ou d’une négligence. Vous avez été des parents d’une tendresse totale. Vous avez offert à Ben une vie riche, curieuse, aimante, depuis ses jeux de construction jusqu’à ses rêves de « Con Chim Airlines », ce projet d’une compagnie aérienne imaginaire qui le faisait tant rire. Vous n’avez rien manqué. Vous avez aimé, et cet amour est, aux yeux de Dieu, une œuvre accomplie.
Dans l’Évangile, Jésus dit à Simon : « Avance au large, et jetez les filets. » Simon, cet homme fatigué, cet homme qui sait que la logique humaine a échoué, répond : « Sur ta parole, je vais jeter les filets. » C’est ici que tout bascule. La sagesse du monde, dont parle saint Paul dans la première lecture, nous pousse à vouloir tout comprendre, tout contrôler, tout déboguer comme un programme informatique. Mais Dieu nous invite à une autre sagesse : celle de la confiance. « L’homme sage de ce monde », dit Paul, doit devenir « fou » pour devenir sage. C’est-à-dire qu’il doit accepter de lâcher les commandes, de ne plus chercher à tout expliquer, et de se laisser porter par la Parole du Christ.
Benjamin, ce garçon brillant, ce petit génie qui codait ses jeux avec une telle aisance, savait, lui, que la vie est un mystère. Il avait cette curiosité insatiable, ce regard posé sur le monde qui cherchait toujours à comprendre comment les choses fonctionnent, des systèmes cloud de son papa jusqu’à la géographie des pays qu’il visitait. Mais il avait aussi cette douceur, ce sourire qui désarmait tout sur son passage. Je pense à cet élan de son cœur, à douze ans, quand il a voulu offrir son argent pour aider son oncle souffrant. Il n’a pas eu besoin de briser sa tirelire, mais l’offre, elle, était entière. C’est cela, la sagesse de Dieu : ce n’est pas la taille du don qui compte, c’est la promptitude du cœur à se donner tout entier.
Ben est aujourd’hui dans ce « large » dont parle Jésus. Il n’est plus limité par le temps, par la maladie, par les frontières. Il est en pleine lumière. Et vous, vous qui êtes restés sur le rivage, vous avez le droit de pleurer. Mais ne pleurez pas comme ceux qui n’ont pas d’espérance. Votre fils est vivant. Il est là, dans le silence de votre prière, dans le souvenir de ce rêve où il disait à son papa : « Je vais veiller sur vous. » Ce n'est pas une illusion. C'est une réalité spirituelle.
Ryan, mon cher garçon, regarde-moi. Tu as perdu ton frère, ton meilleur ami, ton partenaire de jeux. La maison est différente, je le sais. Mais ton frère est fier de toi. Chaque fois que tu te lèves le matin, chaque fois que tu fais un effort, chaque fois que tu souris, tu portes en toi la flamme de Ben. Il est ton ange gardien. Il ne te quitte pas. Il veut te voir vivre, explorer, grandir. Il veut que tu sois heureux, car c’est là le plus bel hommage que tu puisses lui rendre.
Alan et Thao, la vie de Benjamin est une source qui ne tarit pas. Regardez ce puits, le « Giếng Gioan Baotixita », creusé en son nom au Vietnam. Ce n’est pas seulement de l’eau ; c’est la vie de Ben qui continue de jaillir pour les plus pauvres. Son nom, Đại Dương, « Grand Océan », porte en lui cette promesse : l’amour ne finit pas, il se répand. Vous avez bâti une famille magnifique, et rien de ce que vous avez vécu ensemble n’est perdu. Dieu a recueilli chaque larme, chaque sourire, chaque histoire racontée par son papa, chaque moment de complicité. Tout est conservé dans le cœur de Dieu.
Je vous demande de faire une chose simple cette semaine. Quand la tristesse vous envahira, ne cherchez pas à la combattre avec des arguments. Fermez les yeux, imaginez Jésus qui monte dans votre bateau, qui s’assoit à côté de vous dans le silence, et qui vous dit simplement : « N’aie pas peur. » Laissez cette parole descendre en vous. Laissez-la calmer la tempête.
Benjamin est au Banquet, il attend, il sourit, il est en paix. Il est plus proche de vous qu’il ne l’a jamais été, car il est dans le cœur de Dieu, et Dieu est en vous. Ne vous accusez pas, ne vous tourmentez pas. Soyez en paix. Vous avez été des parents parfaits pour un garçon extraordinaire. Et cet amour, qui a commencé sur terre, ne s'arrêtera jamais. Il est éternel. Amen.
For the intentions entrusted to Ben on our prayer wall:
Comme nous l’avons appris du Sauveur, et selon son commandement, nous osons dire :
Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Amen.
Que le Seigneur vous bénisse et vous garde, qu'Il fasse briller sur vous son visage et vous donne sa paix. Allez dans la joie du Christ.
✝ Que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.