Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Que la grâce et la paix de Dieu notre Père et de Jésus-Christ notre Seigneur soient avec vous tous.
Seigneur, aie pitié de nous. Ô Christ, aie pitié de nous. Seigneur, aie pitié de nous.
Regardez un instant le jardin au printemps. C’est une image que nous connaissons tous : la terre qui se fend, la petite tige verte qui perce le sol, et cette force invisible, silencieuse mais irrésistible, qui pousse vers la lumière. On plante la graine, on arrose, on veille. Mais c’est Dieu qui donne la croissance. On ne peut pas forcer la fleur à s’ouvrir avant son heure, et on ne peut pas demander à la terre de rendre compte de ses mystères.
Saint Paul, dans sa lettre aux Corinthiens, nous donne cette image de la vie spirituelle : « J’ai planté, Apollos a arrosé, mais Dieu a donné la croissance. » C’est une leçon de patience, de dépossession et d’humilité. C’est une leçon pour nous, qui voulons toujours tout maîtriser, tout comprendre, tout contrôler par la logique de nos esprits.
Benjamin Vo était un garçon qui aimait la logique. Il aimait la précision des systèmes, la clarté d’un code informatique, la structure parfaite d’une infrastructure cloud. Il était, à bien des égards, le reflet de son père, capable de plonger dans des environnements complexes avec une aisance qui forçait l’admiration. Il aimait la technologie, il aimait les avions, il aimait cette idée de « Con Chim Airlines » — la compagnie des oiseaux — qu’il imaginait avec ce sourire malicieux, ce petit rire qui trahissait sa joie pure. Mais Ben, au-delà de sa brillance intellectuelle, possédait une sagesse qui dépassait les lignes de code : il savait que, dans la vie, tout est don.
Nous sommes à deux mois de ce 13 juin 2026. Deux mois que Benjamin a rejoint le Banquet de l’éternité. Et je sais, Alan, Thao, Ryan, que dans le silence de votre maison, la question du « pourquoi » vient parfois frapper à la porte comme une tempête. On veut comprendre, on veut une explication, on veut une logique qui justifie l’injustifiable. On voudrait que la vie soit une équation que l’on peut résoudre, un programme que l’on peut déboguer. Mais la vie humaine, comme la croissance de la plante dont parle Paul, n’est pas une équation. C’est un mystère.
Je veux vous dire une chose très simple, et je veux que vous la gardiez gravée dans vos cœurs : vous n’avez rien manqué. Ne laissez pas cette ombre de la culpabilité s’installer dans vos esprits. Il n’y a pas de « si j’avais fait ceci » ou « si nous avions vu cela ». La maladie qui a touché Benjamin est une réalité qui échappe à toute vigilance humaine, à toute science, à toute volonté. Comme Jésus l’a dit à propos de l’homme né aveugle : « Ni lui, ni ses parents. » Vous avez été des parents d’un amour total, d’une présence ininterrompue, d’une tendresse qui a enveloppé chaque instant de la vie de Ben. Vous avez planté, vous avez arrosé, vous avez donné tout ce que vous aviez. Dieu ne vous demande pas des comptes ; Il vous offre sa consolation.
Dans l’Évangile de ce jour, Jésus entre dans la maison de Simon. Il y a de la souffrance, une fièvre qui brûle, une impuissance qui pèse. Jésus ne fait pas un discours. Il ne cherche pas à expliquer la maladie. Il s’approche, il se tient au-dessus d’elle, il rebute la fièvre, et elle s’en va. Et aussitôt, elle se lève et les sert.
C’est là le cœur de notre espérance. Jésus ne nous laisse pas seuls avec notre fièvre. Il vient chez nous, dans notre maison, dans notre peine, et il pose sa main. Parfois, la guérison n’est pas celle que nous attendons sur cette terre, mais elle est totale dans le Ciel. Benjamin, aujourd’hui, est debout. Il est libéré de toute limite, de toute souffrance, de toute entrave. Il est dans cette lumière qu’il a toujours cherchée, lui qui aimait tant observer le ciel depuis les hublots des avions ou les pistes d’aéroport avec son papa.
Vous savez, il y a cette belle image du « Well of Love », ce puits creusé en son nom à Cà Mau. Benjamin, dont le nom, Đại Dương, signifie « Grand Océan », continue de donner la vie. Ce puits, c’est comme la croissance dont parle Paul. On a planté un geste d’amour, et Dieu en fait jaillir une source qui désaltère les plus pauvres. La vie de Ben ne s’est pas arrêtée ; elle s’est transformée en une source qui ne tarit pas. C’est cela, la victoire sur la mort. C’est faire en sorte que l’amour que nous avons reçu continue de couler pour les autres.
À toi, Ryan, mon cher garçon, regarde-moi. Tu as perdu ton frère, ton meilleur ami, ton compagnon de route. Je sais que la maison semble différente. Mais Benjamin est toujours avec toi. Il est fier de chaque effort que tu fais, de chaque sourire que tu partages. Ne porte pas le poids de son absence comme un fardeau, mais comme une présence invisible qui te pousse à vivre pleinement. Il est ton ange gardien, celui qui, depuis le ciel, t’encourage à poursuivre l’aventure, à découvrir le monde, à être toi-même avec toute la joie que tu portes en toi.
Alan et Thao, vous qui avez tant aimé, tant donné, tant veillé, sachez que Dieu a recueilli chaque larme. Il n’a pas oublié un seul des sourires de Ben, ni une seule de ses pensées brillantes, ni la générosité de ce petit garçon qui, un jour, a voulu offrir son argent pour aider son oncle. Cet acte, cette intention pure, c’est cela que Dieu regarde. Il ne regarde pas le résultat, il regarde le cœur. Et le cœur de Ben était un jardin magnifique.
Ne cherchez pas à comprendre le mystère de la croissance. Contentez-vous de vous laisser arroser par la grâce de Dieu. Il est là, dans le silence de votre prière, dans le souvenir d’un repas pris ensemble, dans le rire de Ben quand il parlait de ses projets d’aviation. Il est là, vivant, aimant, attendant le moment où, dans la lumière éternelle, vous vous retrouverez pour ne plus jamais vous quitter.
En quittant ce lieu, emportez cette certitude : vous êtes des « co-ouvriers de Dieu », comme dit Paul. Vous avez bâti une famille sur l’amour, et cet amour est indestructible. Cette semaine, quand vous vous sentirez submergés, fermez les yeux et imaginez Jésus qui entre chez vous, comme il est entré chez Simon, et qui vous dit : « Paix. Je suis là. »
Benjamin est entre les mains du Père. Il est en sécurité, il est en paix, il est dans la joie. Et il vous aime, plus fort que jamais. Que la Vierge Marie, qui a tenu son Fils au pied de la Croix, vous enveloppe de son manteau maternel. Que le Seigneur vous donne la force de continuer à vivre, non pas malgré la perte de Ben, mais grâce à la lumière qu’il a laissée derrière lui. Amen.
For the intentions entrusted to Ben on our prayer wall:
Comme nous l’avons appris du Sauveur, et selon son commandement, nous osons dire :
Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Amen.
Que le Seigneur vous bénisse et vous garde, qu’il fasse rayonner sur vous son visage, et qu’il vous donne la paix. Amen.
✝ Que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.