Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Que la grâce et la paix de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ soient avec vous tous.
Seigneur, ayez pitié de nous. Ô Christ, ayez pitié de nous. Seigneur, ayez pitié de nous.
Il y a, dans la vie d'une famille, des objets qui semblent ne rien dire, et qui pourtant, murmurent tout. Je pense à cette petite chose toute simple : une carte d'embarquement, un billet d'avion froissé, oublié dans la poche d'un manteau, témoin silencieux de ces voyages que Benjamin Vo aimait tant. Vous vous souvenez, Alan, Thao, Ryan, de ces moments passés dans les aéroports, Ben les yeux rivés sur les pistes, captivé par la danse des Boeing 737, fasciné par la logique invisible qui permet à ces géants de s'élever dans le ciel. Il y avait en lui cette soif de comprendre, cette intelligence brillante qui le poussait à coder, à bâtir, à explorer. Mais au-delà de l'ingénieur en herbe, il y avait ce garçon qui, un jour, a regardé son papa avec des yeux remplis de cette curiosité pure, cherchant à percer non pas le secret des moteurs, mais le secret du cœur.
Saint Paul, dans la première lecture, nous met en garde avec une franchise qui nous touche en plein cœur : « La connaissance gonfle, alors que l'amour édifie. » Ben était un garçon brillant, capable de jongler avec des concepts complexes, d'apprendre des environnements technologiques que bien des adultes peineraient à saisir. Pourtant, ce n'est pas son intelligence qui nous manque le plus aujourd'hui, deux mois après son départ. Ce qui nous manque, c'est cette douceur, cette capacité à aimer sans calcul, cet élan du cœur qui, à douze ans, lui faisait dire qu'il voulait offrir tout son argent de poche pour aider son oncle William. Il n'a pas brisé sa tirelire, il ne l'a pas vidée, mais il a fait l'offre. Et dans le langage de Dieu, cette offre est plus grande que toutes les connaissances du monde. Car l'amour édifie ; l'amour, seul, demeure.
Je sais que pour vous, la maison semble parfois trop silencieuse. Le souvenir de Ben n'est pas une ombre, mais une présence. Et je veux vous dire une vérité qui doit vous libérer de ce poids que vous portez peut-être en secret. Dans le labyrinthe du deuil, il est si facile de se perdre dans les « si » et les « pourquoi ». On se demande si l'on a manqué un signe, si l'on aurait pu faire plus, si l'on est responsable de ce que la vie nous a imposé. Je vous le dis avec la force du Christ : vous n'avez rien manqué. La maladie, cette épreuve qui a traversé la vie de Benjamin, n'est jamais une punition, jamais le résultat d'une faute, jamais une conséquence de ce que vous auriez omis de faire. Jésus, face à la souffrance, a toujours refusé de lier la douleur à la culpabilité humaine. Vous avez été des parents d'une abnégation totale, des guetteurs vigilants, des amours de chaque instant. Dieu ne vous accuse pas, et vous ne devez pas vous accuser vous-mêmes. Laissez tomber cette pierre de culpabilité ; elle est trop lourde, et elle ne vous appartient pas. Vous avez aimé, vous avez donné, vous avez veillé. C'est tout ce que Dieu demande.
Regardez maintenant l'Évangile. Jésus nous appelle à une radicalité qui semble impossible : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. » Il nous demande de prêter sans rien attendre en retour. Benjamin, dans sa vie courte mais si riche, a vécu cette logique du don. Il était un « petit » aux yeux du monde, mais il était un géant dans la charité. Quand il parlait de sa compagnie imaginaire, « Con Chim Airlines », il ne cherchait pas le profit ; il cherchait le partage, il cherchait à créer un espace où les gens pouvaient se retrouver, s'envoler, sourire. Ce sourire, ce rire qu'il avait en parlant de ses projets, c'était déjà le Royaume de Dieu qui perçait à travers lui.
Ryan, mon cher garçon, regarde-moi. Ton frère était ton compagnon, ton confident, ton meilleur ami. Je sais que le vide est immense. Mais Ben est fier de toi. Chaque fois que tu apprends, chaque fois que tu souris, chaque fois que tu te souviens de ces moments de rire devant vos jeux, c'est une partie de sa joie qui continue de vivre en toi. Il ne t'a pas quitté. Il est ton ange gardien. Il veut te voir grandir, explorer le monde, vivre tes rêves avec la même passion que lui. Sois heureux, Ryan. C'est le plus beau cadeau que tu puisses faire à ton frère. Il t'aime, et cet amour est une ancre qui te relie à lui pour toujours.
Alan, Thao, votre amour pour Benjamin a trouvé une expression si belle dans ce puits, le « Giếng Gioan Baotixita », qui apporte l'eau vive à ceux qui ont soif au Vietnam. C'est là que réside votre espérance. Votre générosité, faite dans le secret, est le prolongement de ce geste que Ben a esquissé avec sa tirelire. Il n'a pas eu besoin de la briser, car son cœur était déjà totalement donné. Vous, vous avez tout donné pour lui, et ce don est recueilli dans le Cœur de Dieu. Rien de ce qui est semé dans l'amour ne se perd jamais. Votre douleur, aussi déchirante soit-elle, est transformée par le Christ en une semence de vie pour les autres.
Parfois, vous rêvez de lui. Ces moments où il apparaît, fort, souriant, en pleine santé, comme dans ces rêves que vous avez pu faire, ne sont pas des illusions. Ce sont des visites de grâce. Ben vous dit, à sa manière : « Je suis là, je suis bien, je veille sur vous. » Il a traversé l'épreuve, il a passé tous les tests, et il est maintenant dans la plénitude de la vie. Il vous attend, non pas dans le passé, mais dans l'éternité qui commence déjà ici-bas. Il est avec saint Carlo Acutis, avec tous ces jeunes qui ont traversé la vie comme des comètes, brûlant d'amour pour le Christ.
Alors, que pouvez-vous emporter avec vous aujourd'hui ? Une chose toute simple. Quand le poids du jour deviendra trop lourd, ne cherchez pas à porter le monde seul. Fermez les yeux, imaginez Jésus, qui a lui aussi connu la tristesse et le deuil, s'approcher de vous et vous dire : « Ne crains pas, je suis avec vous. » Laissez-Le prendre ce qui est brisé en vous. Ne cherchez pas à être forts par vos propres moyens, soyez simplement aimés. Le Seigneur est proche de ceux qui ont le cœur brisé. Il est là, dans le silence de votre maison, dans le souvenir de ce sourire de Ben, dans cette espérance qui ne déçoit jamais. Vous êtes portés, vous êtes aimés, vous êtes chez vous dans le Cœur de Dieu. Ben est en paix, et vous le serez aussi, petit à petit, en vous laissant conduire par Celui qui est le chemin, la vérité et la vie. Il est là, il vous attend, il vous sourit, il est en paix. Et vous, marchez dans la confiance, car rien, absolument rien, ne pourra jamais vous séparer de l'amour de Dieu qui se manifeste dans le Christ Jésus. Amen.
For the intentions entrusted to Ben on our prayer wall:
Comme nous l’avons appris du Sauveur, et selon son commandement, nous osons dire :
Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Amen.
Que le Seigneur nous bénisse, qu'il nous garde de tout mal et nous conduise à la vie éternelle. Allez dans la paix du Christ.
✝ Que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.