Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Que la grâce et la paix de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ soient avec vous tous.
Seigneur, aie pitié de nous. Ô Christ, aie pitié de nous. Seigneur, aie pitié de nous.
Il y a une image, dans les albums de famille que vous chérissez, qui me revient souvent quand je pense à Benjamin. C’est ce cliché où Ben se tient au milieu d’une vaste esplanade, les bras grands ouverts, comme s’il s’apprêtait à décoller. Il porte un t-shirt graphique, une casquette, et il a ce sourire un peu malicieux, ce sourire de celui qui regarde l’horizon non pas comme une limite, mais comme un terrain de jeu. Derrière lui, le ciel est immense, nuageux, chargé de cette promesse d’infini. C’est l’image d’un garçon qui, dans la liberté de ses quinze ans, n’avait pas peur de l’espace. Il aimait les avions, le Boeing 737, l’idée de « Con Chim Airlines ». Il aimait l’idée que l’on puisse s’élever, que l’on puisse traverser les nuages pour atteindre une lumière qui ne s’éteint jamais.
Mais aujourd'hui, trois mois après ce 13 juin, vous vous sentez peut-être comme les Galates dans la lettre de saint Paul. Vous vous demandez : « Est-ce que tout cela a été en vain ? » Vous regardez le chemin parcouru, les efforts, les prières, les espoirs, et vous avez l’impression que le ciel, autrefois si vaste et accueillant, est devenu un plafond bas, un silence qui pèse. Paul interpelle les Galates avec une rudesse qui, en réalité, cache une profonde inquiétude paternelle : « Ô Galates stupides ! Qui vous a ensorcelés ? » Il leur demande s’ils pensent que l’Esprit s’obtient par les œuvres de la loi ou par l’écoute de la foi. C’est la question qui hante souvent les cœurs endeuillés : « Ai-je assez prié ? Ai-je fait assez de bien ? Ai-je manqué quelque chose ? »
Je veux vous dire une vérité qui doit briser cette chaîne de culpabilité : vous n’avez rien manqué. Vous n’avez pas à « mériter » la paix de Dieu par une performance ou une vigilance sans faille. La maladie, cette épreuve qui a touché Ben, n’est pas le résultat d’une erreur de votre part. Elle n’est pas une punition. Elle ne vient pas de ce que vous avez fait ou omis de faire. Comme Jésus l’a dit à propos de l’aveugle-né : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. » Il y a des douleurs dans ce monde qui dépassent notre compréhension, des tempêtes qui surviennent sans que personne n’ait laissé la fenêtre ouverte. Vous avez été, pour Benjamin, des parents qui ont tout donné. Vous avez été son ciel, sa terre, son refuge. Dieu ne vous accuse pas. Pourquoi vous accuserez-vous vous-mêmes ?
Regardez l’Évangile d’aujourd’hui. Jésus nous parle d’un ami qui frappe à la porte en pleine nuit. Il demande du pain. Il est dans le besoin, il est dans l’urgence, il est dans l’angoisse. Et Jésus ne nous dit pas que le voisin ouvre parce qu’il est parfait, ou parce qu’il a tout bien fait. Il ouvre parce que l’ami insiste, parce qu’il a confiance, parce qu’il sait que le besoin est réel. Et puis, Jésus va plus loin. Il déplace le regard. Il nous parle d’un père. « Quel père parmi vous, si son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent ? » C’est la clé de tout. Si vous, avec vos limites, avec vos cœurs meurtris, vous avez tout donné à Ben, imaginez combien le Père céleste, qui est la source de tout amour, a accueilli votre fils dans ses bras. Dieu n’est pas un marchand qui attend que vous ayez assez de points de prière pour vous donner la paix. Il est le Père qui vous attend, même à minuit, même quand vous êtes épuisés, même quand vous avez l’impression de n’avoir rien à offrir.
Benjamin était un garçon de don. Vous vous souvenez de ce moment où, à quinze ans, il a voulu offrir tout le contenu de sa tirelire pour aider son oncle William ? Il n’a pas eu besoin de briser la tirelire, de la vider, de compter les pièces. Le geste, l’élan du cœur, l’intention pure, c’était cela l’essentiel. C’est cela que Dieu regarde. Il ne regarde pas le solde de notre compte, il regarde la disposition de notre cœur. Ben avait cette sagesse innée. Il savait que l’amour, c’est avant tout une volonté de donner. Et cet amour-là, il ne meurt pas. Il est inscrit dans le code source de l’éternité.
Ryan, mon garçon, regarde-moi. Ton frère est là. Il n’est pas loin. Il est dans la lumière, là où il n’y a plus de « bugs » à corriger, plus de failles à réparer, plus de souffrance à endurer. Il est fier de toi. Il est fier de la manière dont tu continues à avancer. Ne porte pas le poids de son absence comme une interdiction de vivre. Au contraire, chaque fois que tu poursuis un rêve, chaque fois que tu es bon envers les autres, c’est Ben qui vit à travers toi. Il est ton frère pour l’éternité. Il est ton ange, il veille sur toi, il t’encourage à ne jamais perdre l’espérance.
Alan, Thao, je sais que vous cherchez Ben dans vos rêves. Cette soif de le voir, de lui parler, est une soif sainte. C’est la soif de l’amour qui ne veut pas lâcher prise. Mais rappelez-vous que Dieu est le Dieu des vivants. Le puits que vous avez creusé à Cà Mau, cette eau vive qui désaltère les assoiffés au nom de Ben, est le signe que sa vie continue de porter du fruit. C’est cela, la vie éternelle : l’amour qui ne meurt jamais, mais qui se transforme en source pour les autres. Vous ne faites pas seulement le bien en son nom ; vous prolongez son souffle. Chaque goutte d’eau qui jaillit là-bas est un signe de la vie de Ben qui continue de couler, de nourrir, de consoler.
Le Seigneur ne vous demande pas d’être parfaits. Il ne vous demande pas de ne plus souffrir. Il vous demande de vous tourner vers Lui, comme il l’a fait dans l’Évangile. Il vous demande de déposer vos soucis, vos angoisses, vos « pourquoi » interminables, et de simplement vous laisser regarder par Lui. Il vous aime. Il aime votre douleur, il aime vos larmes, il aime votre fidélité. Il est le Dieu qui connaît tout de nous, qui nous a tissés dans le sein de notre mère. Il connaît Ben mieux que personne, et il le tient dans ses bras, là où aucune maladie, aucune souffrance ne peut l’atteindre.
Alors, que pouvez-vous emporter aujourd’hui ? Une seule chose : la permission d’être faibles, et la certitude d’être aimés. La prochaine fois que vous sentirez l’anxiété monter, que vous sentirez le besoin de « faire » pour combler le vide, arrêtez-vous. Respirez. Dites simplement : « Père, je te confie Ben, et je me confie à toi. » C’est cela, le chemin d’éternité. C’est la confiance que, même dans l’obscurité, nous ne marchons pas seuls. Ben est dans la lumière, et il vous attend. Il vous attend avec ce sourire qui était sa signature, ce sourire qui disait que, malgré tout, la vie est un don. Tenez-vous la main. Soyez doux les uns avec les autres. Pardonnez-vous ce que vous croyez avoir raté, car Dieu, lui, a tout vu et il a tout béni. Vous avez été des parents admirables. Vous avez été un frère exemplaire. Et Ben, lui, est la preuve que l’amour est plus fort que la mort. Amen.
For the intentions entrusted to Ben on our prayer wall:
Comme nous l’avons appris du Sauveur, et selon son commandement, nous osons dire :
Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Amen.
Que le Seigneur nous bénisse, nous garde de tout mal et nous conduise à la vie éternelle. Allez dans la paix du Christ.
✝ Que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.