Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Que la grâce et la paix de Dieu notre Père et de Jésus-Christ notre Seigneur soient avec vous tous.
Seigneur, aie pitié de nous. Ô Christ, aie pitié de nous. Seigneur, aie pitié de nous.
Il y a, dans le livre d'Isaïe, une image qui nous hante : celle d'un ami qui plante une vigne avec un soin presque douloureux. Il choisit le meilleur coteau, il enlève chaque pierre, il plante des plants de choix, il bâtit une tour de garde. Il ne manque rien à son amour. Et pourtant, quand vient le temps de la vendange, il ne trouve que des raisins sauvages, amers, inutiles. C’est une image de déception, certes, mais c’est surtout une image d’attente. Le propriétaire de la vigne n’est pas un étranger ; il est celui qui a investi son propre sang dans cette terre.
Benjamin, notre cher Ben, était lui aussi un jardinier de la vie, bien qu'il ait vécu si peu de temps. Vous vous souvenez peut-être de cette curiosité insatiable qui le poussait à tout comprendre, non pas pour posséder, mais pour connecter. Il regardait les avions sur le tarmac des aéroports du monde entier, non pas comme des machines froides, mais comme des promesses de rencontre. Il aimait imaginer « Con Chim Airlines », une compagnie qui, dans son esprit brillant et doux, ne transporterait pas seulement des passagers, mais des rêves. Il était, pour vous, Alan, Thao et Ryan, cette vigne de choix. Il était le fruit d'un amour qui a tout donné, tout soigné, tout protégé.
Mais aujourd'hui, le cœur est serré. Trois mois ont passé depuis ce 13 juin, et le silence de la maison est parfois si lourd qu'il ressemble au silence du propriétaire de la vigne après la récolte amère. Vous regardez autour de vous, et vous cherchez le fruit. Vous cherchez le sourire. Vous cherchez la voix qui disait « Bonjour, Papa ». Et au lieu de cela, vous vous retrouvez face à ce vide, face à cette question qui brûle : « Pourquoi ? ».
Je veux vous dire, avec une infinie douceur, que ce « pourquoi » n'est pas un manque de foi. C'est le cri de celui qui a aimé. Et parce que vous avez aimé, vous avez le droit de crier. Mais ne laissez jamais, jamais, ce cri se transformer en accusation contre vous-mêmes. Je sais que, dans le secret de vos nuits, vous refaites le film. Vous vous demandez si vous avez manqué un signe, si vous auriez pu faire plus, si vous auriez pu empêcher l'inévitable. Écoutez-moi bien : cette maladie, cette épreuve qui a touché Ben, n'est pas une punition. Elle ne vient pas de vos erreurs, elle n'est pas le résultat d'un manque de vigilance. Jésus, face à l'aveugle-né, a tranché ce débat pour toujours : « Ni lui, ni ses parents n'ont péché. » La souffrance est un mystère qui échappe à notre contrôle, mais elle n'est pas une accusation de Dieu contre vous. Vous avez été, jusqu'à la dernière seconde, le ciel sur terre pour votre fils. Dieu ne vous accuse pas ; ne vous accusez pas vous-mêmes. Vous avez été des parents admirables, et votre amour a été la main de Dieu qui l'a soutenu jusqu'au seuil de l'éternité.
Regardez Ryan. Ton frère ne t'a pas quitté. Il est présent, non pas comme une ombre, mais comme une lumière qui t'accompagne. Il est fier de toi. Il est fier de la manière dont tu continues à avancer, à grandir, à porter son souvenir dans ton cœur. Ne crains jamais de vivre, de rire, de construire tes propres projets. Ben veut que tu voles haut, avec cette même curiosité qu'il avait pour ses avions, pour ses rêves, pour tout ce qui est beau et grand. Il est ton frère pour l'éternité, et ce lien est plus fort que la mort. Il est ton ange, il veille sur toi, il t'encourage à ne jamais perdre l'espérance.
Dans l'Évangile, Jésus nous parle de ces vignerons qui, au lieu de respecter le fils du propriétaire, le jettent hors de la vigne et le tuent. C'est une histoire violente, sombre. Mais Jésus, en la racontant, pointe vers lui-même. Il est la pierre rejetée qui devient la pierre angulaire. Il est celui qui, par sa propre mort, a transformé le tragique en triomphe. Ben, en partageant le sort du Christ, a été accueilli dans cette même gloire. Il ne fait plus partie de la vigne terrestre qui subit les intempéries et le passage du temps. Il est maintenant dans le jardin éternel du Père, là où la vigne ne produit plus de raisin amer, mais la joie parfaite.
Vous m'avez confié combien Ben aimait écouter les récits de son papa. Il vivait dans ces histoires, parce qu’il savait que, dans l’amour, tout est réel. Aujourd’hui, c’est Dieu qui vous raconte une histoire, une histoire qui ne finit pas avec la mort, mais qui s'ouvre sur l'éternité. Cette « Con Chim Airlines » dont il rêvait, ce désir de s'élever, est aujourd’hui exaucé. Ben est arrivé à destination. Il est là où tout est réuni, là où il n’y a plus de séparation.
Le puits que vous avez creusé à Cà Mau, cette eau vive qui désaltère les assoiffés au nom de Ben, est le signe que sa vie continue de porter du fruit. C’est cela, la vie éternelle : l’amour qui ne meurt jamais, mais qui se transforme en source pour les autres. Continuez à faire le bien, discrètement, comme vous le faites. Continuez à aimer, même quand c’est difficile. Chaque geste de bonté que vous posez est une manière de tenir la main de Ben, de rester unis à lui.
Saint Paul nous dit dans la deuxième lecture : « N'ayez aucune inquiétude, mais en toute chose, par la prière et la supplication, avec des actions de grâce, faites connaître vos demandes à Dieu. » C'est un appel à la paix. Non pas à une paix qui ignore la douleur, mais à une paix qui la traverse. La paix de Dieu qui dépasse tout entendement, c'est celle qui vous permet de vous lever le matin, de regarder Ryan, de vous regarder l'un l'autre, et de dire : « Nous avons été aimés, et nous sommes aimés encore. »
Benjamin Vo, notre cher Ben, est un ange de Dieu. Il vous aime. Il intercède pour vous. Il attend le jour où, au Banquet du Ciel, il vous accueillera avec la même joie qu'il partageait avec vous lors de vos voyages, lors de vos repas, lors de vos moments de complicité. En attendant ce jour, tenez-vous la main. Soyez doux les uns avec les autres. Pardonnez-vous ce que vous croyez avoir raté, car Dieu, lui, a tout vu et il a tout béni. Vous avez été des parents admirables. Vous avez été un frère exemplaire. Et Ben, lui, est la preuve que l'amour ne meurt jamais. Il est vivant en Dieu. Il est vivant en vous. Il est vivant dans chaque acte de bonté que vous poserez aujourd'hui. Avancez avec confiance. Le ciel est ouvert, et Ben vous y attend. Amen.
For the intentions entrusted to Ben on our prayer wall:
Comme nous l’avons appris du Sauveur, et selon son commandement, nous osons dire :
Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Amen.
Que le Seigneur nous bénisse, nous garde de tout mal et nous conduise à la vie éternelle. Amen.
✝ Que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.