Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Que la grâce et la paix de Dieu notre Père et de Jésus-Christ notre Seigneur soient avec vous tous.
Seigneur, aie pitié de nous. Ô Christ, aie pitié de nous. Seigneur, aie pitié de nous.
Il y a une image qui nous hante parfois, une image si simple qu’elle semble insignifiante, et pourtant, elle contient tout le poids d’une vie : celle d’un voyageur, laissé pour mort sur le bas-côté d’une route poussiéreuse. Ce n’est pas une route de vacances. C’est la route qui descend de Jérusalem à Jéricho, une route connue pour ses virages serrés, ses ombres cachées, et la soudaineté avec laquelle le malheur peut surgir. On marche, on a un but, on regarde devant soi, et en une seconde, tout bascule.
Benjamin, notre cher Ben, connaissait bien, lui aussi, ces routes. Non pas les routes de Jéricho, mais les pistes d’aéroports, les trajectoires de vol, les cartes du monde qu’il étudiait avec cette intelligence si vive, si précise. Vous vous souvenez, Alan, Thao, Ryan ? Il y avait chez Ben cette curiosité d’ingénieur, ce désir de comprendre comment les choses s'élèvent, comment les systèmes se connectent. Il aimait les avions, le Boeing 737, ce rêve de « Con Chim Airlines » qui, dans son esprit de quinze ans, n’était pas qu’une affaire de métal et de kérosène, mais une invitation à l’horizon, à l’ailleurs, à la liberté. Il était celui qui, dans le calme d’un salon, pouvait vous expliquer des infrastructures complexes, puis, l’instant d’après, éclater de rire devant une histoire inventée par son papa, une histoire qu’il écoutait avec une attention si totale, si aimante, qu’elle en devenait vraie.
Mais aujourd'hui, vous êtes sur cette route de Jéricho. Le silence est devenu votre compagnon. Trois mois ont passé depuis ce 13 juin, et le vide laissé par Benjamin Vo est un espace immense. Je sais que, dans le secret de vos cœurs, vous vous posez la question du scribe : « Qui est mon prochain ? » Mais pour vous, la question est plus douloureuse encore : « Pourquoi lui ? Pourquoi nous ? » Vous refaites le trajet, vous cherchez le moment où le malheur a surgi, vous vous demandez si vous avez manqué un signal, si vous auriez pu faire plus.
Écoutez-moi bien, et laissez ces mots descendre jusqu’à la blessure : vous n'avez rien manqué. Cette épreuve n’est pas le résultat d’une erreur, d’un oubli, ou d’un manque de vigilance. Jésus, face à l’homme né aveugle, a tranché pour toujours : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. » La maladie, cette ombre qui a traversé la vie de Ben, ne vient pas de Dieu, et elle ne vient pas de vous. Elle est un mystère de ce monde brisé, un hasard cruel auquel aucune humanité, aucun amour, aucune intelligence ne peut faire barrage. Ne vous accusez pas. Dieu ne vous accuse pas. Vous avez été, jusqu’à la dernière seconde, le ciel sur terre pour votre fils. Vous avez été ses mains, ses yeux, son refuge. Et cela, personne ne peut vous l’enlever.
Regardez le Samaritain dans l’Évangile. Il ne pose pas de questions. Il ne demande pas « pourquoi ». Il est simplement « ému de compassion ». Il s’approche. Il verse de l’huile et du vin. Il soigne. Il prend sur lui. Il ne cherche pas à justifier le malheur, il cherche à le panser. C’est ce que vous avez fait. Vous avez été pour Ben ce Samaritain, et il a été pour vous cette présence qui vous a appris à aimer plus profondément, plus largement. Ce désir qu’il avait, à quinze ans, d’offrir tout le contenu de sa tirelire pour aider son oncle William, sans même l’ouvrir, sans même le compter, c’était déjà cela : un cœur de Samaritain. Il n’avait pas besoin de briser son trésor pour que son amour soit total. L’offre était le don.
Ryan, mon garçon, regarde-moi. Ton frère ne t’a pas quitté. Il est présent, non pas comme une ombre, mais comme une lumière qui t’accompagne. Il est fier de toi. Il est fier de la manière dont tu continues à avancer, à grandir, à porter son souvenir dans ton cœur. Ne crains jamais de vivre, de rire, de construire tes propres projets. Ben veut que tu voles haut, avec cette même curiosité qu'il avait pour ses avions, pour ses rêves, pour tout ce qui est beau et grand. Il est ton frère pour l'éternité, et ce lien est plus fort que la mort. Il est ton ange, il veille sur toi, il t'encourage à ne jamais perdre l'espérance.
Saint Paul nous dit dans la lecture de Galates : « Si je cherchais à plaire aux hommes, je ne serais pas serviteur du Christ. » Le monde vous dira peut-être de « passer à autre chose », de « tourner la page ». Le Christ, lui, vous dit de rester sur la route, de rester dans l’amour. Le Christ est celui qui, sur cette route de Jéricho, ne passe pas de l’autre côté. Il est celui qui s’arrête. Il est celui qui, par sa propre mort, a pris sur lui toutes nos blessures pour que nous ne soyons plus jamais seuls. Ben, en partageant le sort du Christ, est entré dans cette lumière où il n'y a plus de « half-dead », plus de « half-alive », mais la plénitude de la vie. Il est arrivé à destination. Son « Con Chim Airlines » a atterri sur le tarmac de l’éternité, là où son sourire, ce sourire qui était sa signature, rayonne enfin sans obstacle.
Vous m’avez confié que vous cherchez Ben dans vos rêves. Ce n’est pas une fuite, c’est une soif. C’est la soif de celui qui aime. Et Dieu, qui connaît votre douleur, vous donne ces moments pour vous dire : « Il est là. Il est bien. Il est vivant. » Ne cherchez pas à cacher votre tristesse. Apportez-la à Jésus. Il est le médecin des cœurs brisés. Il est celui qui, un jour, essuiera toute larme de vos yeux.
Le puits que vous avez creusé à Cà Mau, cette eau vive qui désaltère les assoiffés au nom de Ben, est le signe que sa vie continue de porter du fruit. C’est cela, la vie éternelle : l’amour qui ne meurt jamais, mais qui se transforme en source pour les autres. Continuez à faire le bien, discrètement, comme vous le faites. Chaque geste de bonté, chaque sourire partagé, chaque moment où vous choisissez la vie malgré la douleur, est une manière de tenir la main de Ben, de rester unis à lui.
Alors, que pouvez-vous emporter aujourd’hui ? Une seule chose : la certitude que vous êtes aimés. Pas seulement par ceux qui vous entourent, mais par le Père qui a donné son Fils pour nous. Ben est dans ses bras. Et vous, vous êtes dans son cœur. Avancez avec courage, avec cette confiance simple des enfants, et sachez que le ciel est ouvert, et qu'il vous attend. Ben est là, il vous aime, et il intercède pour vous. Il vous attend avec ce sourire que vous connaissez si bien, ce sourire qui était sa signature, ce sourire qui reflétait la joie du Ciel. En attendant ce jour, tenez-vous la main. Soyez doux les uns avec les autres. Pardonnez-vous ce que vous croyez avoir raté, car Dieu, lui, a tout vu et il a tout béni. Vous avez été des parents admirables. Vous avez été un frère exemplaire. Et Ben, lui, est la preuve que l'amour est plus fort que la mort. Amen.
For the intentions entrusted to Ben on our prayer wall:
Comme nous l’avons appris du Sauveur, et selon son commandement, nous osons dire :
Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Amen.
Que le Seigneur vous bénisse, qu'il vous garde dans sa paix, et qu'il fasse briller sur vous la lumière de son visage. Allez dans la paix du Christ.
✝ Que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.