Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Que la grâce et la paix de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ soient avec vous tous.
Seigneur Jésus, envoyé pour guérir les cœurs brisés, prends pitié de nous. Ô Christ, qui as appelé tes apôtres à être tes amis, prends pitié de nous. Seigneur, qui nous bâtis en un seul temple saint dans l'Esprit, prends pitié de nous.
Il y a, dans le vaste ciel que Benjamin contemplait avec tant de passion, une image qui me revient souvent. Ce n'est pas l'image d'un avion de ligne fendant les nuages, ni celle d'un projet informatique complexe codé dans le silence de sa chambre. C'est une image bien plus simple : celle de Ben, debout dans la cuisine, le regard perdu dans une pensée lointaine, une manette de jeu entre les mains, vêtu de son pantalon de pyjama bleu à motifs. Il y a là une telle normalité, une telle douceur de vie quotidienne, que ce souvenir semble aujourd'hui suspendu dans le temps, comme une photographie qui ne jaunira jamais. Quatre mois ont passé depuis ce treize juin, et je sais que pour vous, Alan, Thao et Ryan, cette cuisine est le lieu où le silence est devenu une présence, une absence qui occupe tout l'espace.
Dans la première lecture, saint Paul nous offre une perspective qui change tout. Il nous dit : « Vous n'êtes plus des étrangers ni des gens de passage ; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes membres de la famille de Dieu. » Cette « maison de Dieu », ce n'est pas un bâtiment de pierre. C'est une structure vivante, bâtie sur le fondement des apôtres, avec le Christ comme pierre d'angle. Benjamin, ce garçon à l'intelligence si vive, ce jeune homme qui portait en lui une curiosité pour le monde entier — de Pékin à Rome, en passant par les grottoes de Lourdes — a été intégré à cette structure de manière définitive. Il n'est pas un étranger au ciel ; il est chez lui. Il est membre de la maisonnée de Dieu, là où les larmes n'ont plus de raison d'être.
Je sais que la question du « pourquoi » revient souvent hanter vos nuits. Pourquoi un esprit si brillant, un cœur si généreux, une vie si prometteuse a-t-elle été appelée si tôt ? Parfois, dans le creux de la solitude, une voix insidieuse murmure que vous auriez dû voir, faire, ou empêcher quelque chose. Je vous le dis avec la force de l'Évangile : chassez cette voix. Elle est un mensonge. La maladie n'est jamais une punition, et elle n'est la faute de personne. Jésus, lorsqu'il a croisé la souffrance sur son chemin, n'a jamais cherché de coupable. Il a simplement apporté la lumière. Vous avez été pour Benjamin des parents d'un dévouement héroïque, des veilleurs infatigables. Ne vous accusez de rien. Dieu ne vous accuse pas, il vous console. Il ne regarde pas votre vie pour y trouver des failles, il y regarde l'amour que vous avez donné, cet amour qui, comme le dit Paul, « tient tout ensemble ».
Regardez l'Évangile d'aujourd'hui. Jésus passe la nuit en prière avant de choisir ses douze apôtres. Il monte sur la montagne, il s'isole, il parle avec le Père. Et le matin, il appelle ses disciples. Il choisit Simon, Jude, et les autres. Il les choisit non pas parce qu'ils sont parfaits, mais parce qu'il veut faire d'eux des colonnes de son Église. Il les appelle par leur nom. Benjamin, lui aussi, a été appelé par son nom. Il n'a pas été « pris » par le hasard ; il a été accueilli par le Seigneur. Il est maintenant dans cette suite des apôtres, dans cette assemblée des saints qui contemplent la face du Père. Il ne vous a pas quittés pour un pays lointain ; il est passé dans l'autre pièce de la maison de Dieu, celle où la lumière ne décline jamais.
Je pense à ce moment, si révélateur de son âme, où Benjamin a voulu offrir tout le contenu de sa tirelire pour secourir son oncle William. Il n'a pas brisé ce petit coffre, il n'a pas étalé ses économies, il n'a pas fait de grand discours. Il a simplement fait l'offre. Cet élan, c'est le cœur même de l'apôtre. C'est le cœur de Simon et de Jude. C'est le cœur de celui qui comprend que tout ce qu'il possède est une grâce à partager. Benjamin a vécu ce mystère de la générosité totale. Il était, à quinze ans, un maître de la charité spontanée. Ce « puits de vie » à Cà Mau, ce Giếng Gioan Baotixita qui porte son nom, est le prolongement de ce geste. Chaque goutte d'eau qui jaillit là-bas, pour désaltérer les plus pauvres, est une prière que Benjamin continue d'adresser au Père en votre nom. Il n'est pas silencieux ; il agit encore à travers vous.
Ryan, mon garçon, regarde-moi. Ton frère aîné est ton intercesseur. Il n'est pas une ombre, il est une force. Quand tu te sens seul, quand le souvenir de vos jeux, de vos voyages ou de vos rires te serre le cœur, sache que Ben est là, dans le mystère de la communion des saints. Il t'encourage à vivre avec cette même curiosité, cette même audace qui était la sienne. Il est fier de toi. Il est ton frère pour l'éternité, et ce lien est plus fort que la mort. Ne laisse pas la tristesse t'empêcher de grandir, de rêver, de vivre. Ton frère est une partie de ton âme, et cette partie est en sécurité entre les mains de Dieu.
Alan et Thao, la route est abrupte, je ne vous dirai pas le contraire. Mais le Seigneur est avec vous dans cette vallée. Il ne vous demande pas de comprendre le mystère, il vous demande de vous laisser porter. Souvenez-vous de ces rêves, de ces moments où Ben vous apparaît, sain et sauf, souriant. Ce sont des fenêtres ouvertes par Dieu pour vous dire : « Il est bien. Il est chez lui. » Ne vous reprochez rien, ne cherchez pas à refaire le passé. Le Seigneur a accueilli Benjamin au moment exact où son voyage terrestre devait s'achever, et il l'a accueilli dans la plénitude de sa grâce.
Alors, voici ce que vous pouvez emporter aujourd'hui, comme une petite pierre blanche dans votre poche. Quand le chagrin vous surprendra, quand l'absence sera trop lourde à porter, ne luttez pas seul. Dites simplement, dans le secret de votre cœur : « Seigneur, je te confie Ben, et je te confie mon cœur. » C'est assez. C'est le fondement sur lequel vous êtes bâtis. C'est la pierre d'angle de votre espérance. Le Seigneur est là, il marche avec vous, et il vous prépare, au terme du chemin, des retrouvailles où plus personne ne pourra vous séparer. Benjamin vous attend, avec ce sourire qui illumine le ciel, ce sourire qui dit : « Ne t'en fais pas, je vais veiller sur vous. » Continuez à marcher, continuez à aimer, continuez à être cette famille qui, malgré la blessure, reste unie dans l'amour du Christ. Amen.
For the intentions entrusted to Ben on our prayer wall:
Comme nous l’avons appris du Sauveur, et selon son commandement, nous osons dire :
Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Amen.
Que le Seigneur vous bénisse et vous garde, qu'il fasse briller sur vous son visage et vous donne sa paix. Allez dans la joie et la confiance du Seigneur.
✝ Que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.