Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Que la grâce et la paix de Dieu notre Père et de Jésus-Christ notre Seigneur soient avec vous tous.
Seigneur, aie pitié de nous. Ô Christ, aie pitié de nous. Seigneur, aie pitié de nous.
Il y a, dans le livre de l’Ecclésiaste, une cadence qui ressemble au battement d’un cœur : « Il y a un moment pour tout, et un temps pour toute chose sous le ciel. » Ce rythme, nous le connaissons bien. C’est le rythme des saisons, le cycle des jours, l’alternance inévitable entre les larmes et le rire, entre le deuil et la danse. Mais aujourd'hui, alors que nous nous tenons ici, trois mois après le départ de Benjamin, ces mots peuvent sembler pesants. Ils nous rappellent que le temps est une mesure qui nous échappe, une horloge dont nous ne tenons pas la clé.
Regardez bien ce texte. Il ne nous dit pas que tout est sans importance. Il nous dit que tout, absolument tout, a sa place dans le mystère du dessein de Dieu. « Il a mis dans le cœur de l’homme la pensée de l’éternité. » C’est cela, le secret. Nous ne sommes pas faits pour le cercle fermé du temps qui tourne en rond ; nous sommes faits pour l’ouverture, pour ce qui ne finit jamais. Benjamin Vo, ce garçon à l’esprit si brillant, qui savait décoder les systèmes complexes du monde, qui comprenait la logique des machines et la majesté du vol des avions, possédait cette intuition de l’éternité. Il ne se contentait pas de la surface des choses. Il cherchait toujours plus loin, toujours plus haut.
Je pense à ce moment, si simple et si parlant, où le jeune Benjamin, avec cette innocence qui n’appartient qu’aux cœurs purs, a proposé de donner toute sa tirelire pour aider son oncle William. Il n’a pas brisé cette tirelire. Il ne l’a pas vidée sur une table pour que le monde le voie. C’était une offre, une intention, un mouvement de l’âme. C’est dans cette disponibilité, dans ce désir de donner tout ce qu’il avait, que Ben a touché à l’éternel. Il n’avait pas besoin de posséder pour être. Il était, dans sa générosité, déjà citoyen d’un monde où l’amour est la seule monnaie qui compte.
Alan, Thao, Ryan, je sais que le silence de ces trois derniers mois est parfois assourdissant. Je sais que le vide laissé par Ben est une blessure qui ne se referme pas, et que chaque matin, c’est un nouveau combat pour accepter cette absence. Dans le creux de cette douleur, il est si facile de se laisser envahir par le doute, de se demander si l’on a manqué un signe, si l’on aurait pu faire plus. Mais écoutez la vérité de l’Évangile : la souffrance n’est jamais une punition, ni le résultat d’une faute. Jésus, face à la détresse humaine, ne cherche jamais à blâmer. Il ne pointe pas du doigt. Il s’approche. Il est celui qui, dans l’Évangile d’aujourd’hui, demande à ses disciples : « Qui dites-vous que je suis ? » Il ne cherche pas une réponse intellectuelle, il cherche une adhésion du cœur.
Benjamin a répondu à cette question par sa vie. Il a été ce fils qui, chaque matin, ne manquait jamais de dire « Bonjour, Papa ». Il a été ce frère qui, avec Ryan, partageait des rêves de montagnes russes et de futurs partagés. Il a été ce garçon qui, par son sourire et sa curiosité, a transformé chaque voyage, chaque aéroport, chaque moment en famille en une célébration de la vie. Ne vous accusez pas de ce qui échappait à toute main humaine. Vous avez aimé, vous avez protégé, vous avez veillé, vous avez été le visage de Dieu pour lui. Le Seigneur ne vous demande pas de porter le poids d'une culpabilité qui n'a pas sa place dans son amour. Il vous demande de déposer vos larmes à ses pieds. Il est le Rocher, comme le psalmiste le chante aujourd'hui : « Mon refuge et mon libérateur, mon bouclier, celui en qui je trouve mon abri. »
Regardez le Christ dans l'Évangile. Il annonce sa souffrance, sa mort, mais aussi sa résurrection. Il ne cache rien de la dureté du chemin, mais il pointe toujours vers l’aube. Ben est aujourd'hui dans cette aube. Il ne souffre plus. Il est dans la lumière, là où il n’y a plus de « Con Chim Airlines » à inventer, car il contemple la réalité même de Dieu. Il est, avec saint Carlo Acutis, au banquet de l’éternité. Et de là-haut, il ne vous oublie pas. Il est présent, comme il l'a été dans les rêves de son papa, comme il l'a été dans les pensées de son frère.
Ryan, mon cher garçon, ne crains pas de vivre pleinement. Ton frère Ben est fier de toi. Il veut te voir grandir, il veut te voir réussir, il veut te voir heureux. Ne laisse pas le deuil te voler ta jeunesse. Ton frère est ton ange gardien, celui qui, depuis la plénitude du Père, te murmure le courage de continuer à avancer, de coder tes rêves, de construire ton avenir avec la même passion qu’il avait pour les avions. Il est toujours avec toi, dans le lien indéfectible de votre fraternité.
Alan et Thao, votre amour pour Ben a trouvé un chemin magnifique pour continuer à donner la vie. Ce puits à Cà Mau, cette eau vive qui désaltère les assoiffés en son nom, est le signe que la vie de Ben n'est pas close. Elle continue de couler, elle continue de nourrir, elle continue de bénir. C'est cela, la victoire de la foi : transformer une tombe en source. En aidant les autres, en faisant le bien dans le secret, vous permettez à l'amour de Ben de ne jamais cesser de circuler. C’est un amour qui ne meurt pas, qui ne s'épuise pas, car il vient de Dieu.
Alors, que pouvez-vous emporter aujourd'hui ? Une seule chose, toute simple : la permission de ne pas être parfaits dans votre deuil. Soyez patients avec vous-mêmes, comme Dieu est patient avec vous. Si vous pleurez, pleurez. Si vous vous sentez perdus, cherchez la main de Jésus. Il est là, il est le médecin qui soigne vos cœurs brisés, il est celui qui vous attend au bout du chemin. Ben vous attend aussi, avec ce sourire qui, un jour, sera la première chose que vous verrez en entrant dans la joie de son Seigneur. En attendant, vivez dans l'espérance, vivez dans la lumière, vivez dans l'amour. Ben est là, il vous aime, et il vous attend. Amen.
For the intentions entrusted to Ben on our prayer wall:
Comme nous l’avons appris du Sauveur, et selon son commandement, nous osons dire :
Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Amen.
Que le Seigneur nous bénisse, nous garde de tout mal et nous conduise à la vie éternelle. Amen.
✝ Que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.