Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Que la grâce et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, soient avec vous tous.
Seigneur, aie pitié de nous. Ô Christ, aie pitié de nous. Seigneur, aie pitié de nous.
Il y a, dans la vie de Benjamin Vo, une image qui me revient comme un refrain, une image si simple qu'elle pourrait passer inaperçue dans le tumulte de nos journées. Ce n'est pas l'image du brillant élève, ni celle du jeune expert en informatique, ni même celle du voyageur explorant les pagodes de Chine. C'est l'image de ce garçon, à quinze ans, debout dans le calme de sa maison, tenant en main ce papier où il avait noté ses pensées, ses projets, ses rêves. Il est là, avec ce sourire doux, un peu timide, le regard tourné vers l'avenir, comme s'il scrutait l'horizon pour y voir passer l'un de ces Boeing 737 qu'il aimait tant observer. Il est là, tout simplement, dans la vérité de son être.
Dans la première lecture d'aujourd'hui, le prophète Isaïe nous lance un appel qui résonne avec une urgence particulière : « Cherchez le Seigneur tant qu'il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu'il est proche. » Et il ajoute ces mots qui nous déconcertent souvent : « Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres. » Nous voulons comprendre le pourquoi de tout. Nous voulons des lignes droites, des explications logiques, des réponses claires au « pourquoi » de la souffrance et de l'absence. Mais Dieu nous dit que ses pensées ne sont pas les nôtres. Il nous invite à lâcher prise sur notre besoin de contrôler le sens de nos vies pour entrer dans le mystère de sa présence, une présence qui est, comme le dit le psaume, « proche de tous ceux qui l'invoquent en vérité ».
Je sais que pour vous, Alan et Thao, et pour toi, Ryan, ce « chercher le Seigneur » est devenu un chemin quotidien, parfois aride, parfois douloureux. Trois mois ont passé depuis ce 13 juin 2026, et le vide laissé par Ben ne se comble pas avec des mots. Il y a des matins où le réveil est un assaut, où la maison semble trop silencieuse, où chaque objet — un ordinateur, une maquette d'avion, un souvenir de voyage — devient un rappel de ce qui n'est plus. Vous portez ce deuil avec une dignité qui me bouleverse, mais je veux vous dire une vérité essentielle : ne vous laissez pas enfermer par la culpabilité. Dans le creux de la douleur, l'esprit humain est tenté de se retourner contre lui-même, de se demander si on a manqué un signe, si on aurait pu faire autrement. C'est un mensonge. Comme Jésus l'a dit à propos de l'aveugle-né, ni l'enfant, ni ses parents n'ont péché. La maladie n'est pas une punition, elle n'est pas le résultat d'un échec, et elle n'est certainement pas votre faute. Dieu ne vous accuse pas. Pourquoi, vous, vous infligeriez-vous ce jugement ? Vous avez été des parents admirables, des gardiens de son âme, des témoins de son amour jusqu'au bout. Déposez ce fardeau. Il est trop lourd pour des épaules qui portent déjà le poids de l'absence.
Regardez maintenant l'Évangile de ce jour, cette parabole du propriétaire de la vigne. C'est une histoire qui nous choque, n'est-ce pas ? Ceux qui ont travaillé toute la journée, sous la chaleur et le poids du labeur, reçoivent le même salaire que ceux qui sont arrivés à la dernière heure. « Êtes-vous envieux parce que je suis bon ? » demande le maître. Cette générosité de Dieu nous déconcerte parce qu'elle ne correspond pas à nos critères de justice humaine. Nous voulons que la vie soit une équation où l'effort est récompensé par la durée. Mais le Royaume de Dieu n'est pas une comptabilité. C'est une affaire de cœur. Ben, en quinze ans, a vécu une vie d'une intensité et d'une pureté rares. Il n'a pas eu besoin de cinquante ans pour devenir l'homme qu'il était appelé à être. Il a été ce garçon brillant, curieux, capable de coder des jeux, mais surtout capable d'une empathie fulgurante. Vous vous souvenez de cette intention, si pure, de vouloir offrir tout le contenu de sa tirelire pour aider son oncle William ? Il n'a pas brisé cette tirelire. Il ne l'a pas vidée sur une table. Ce n'était pas un geste de théâtre. C'était l'élan d'un fils qui, voyant la souffrance, voulait donner tout ce qu'il avait. C'est là, la mesure de Ben : il n'a pas compté ses heures, il n'a pas calculé son gain. Il a simplement aimé.
Et voilà le tournant, le moment où la lumière de l'Évangile entre dans la chambre de notre deuil. Saint Paul, dans la deuxième lecture, nous dit : « Pour moi, le Christ, c'est ma vie, et mourir est un avantage. » Paul est pris entre deux désirs : rester pour servir ses frères, ou partir pour être avec le Christ, ce qui est « bien meilleur ». Ben est désormais dans ce « bien meilleur ». Il ne souffre plus. Il est dans la plénitude de celui qui a fini sa course, non pas en perdant, mais en atteignant le but. Vous avez eu ce rêve, Alan, où Ben vous disait : « Ba ơi, test nào con cũng qua hết. Con tự thở được bình thường mà... sao con lại bị như vầy? » Et puis, ce moment de paix où il a ajouté : « Không sao đâu, con sẽ dõi theo ba mẹ. » Ces mots ne sont pas le fruit du hasard. Ce sont des mots de consolation qui viennent du cœur même de Dieu. Ben est en paix. Il est fort. Il est vivant d'une vie que la maladie ne peut plus jamais toucher. Il ne vous a pas quittés ; il est passé de l'autre côté du voile, là où le temps n'existe plus, là où il continue de veiller sur vous avec ce sourire qui, même dans les moments les plus difficiles, ne l'a jamais quitté.
Ryan, mon garçon, regarde-moi. Ton frère Ben est ton ange. Il ne t'a pas laissé orphelin de son amour. Il est présent dans chaque souvenir, dans chaque projet que tu entreprendras, dans chaque rêve que tu feras. Ne crains pas de vivre, de rire, d'avancer. La plus belle façon d'honorer Ben, c'est de laisser ta propre vie fleurir. Il est fier de toi. Il t'aime d'un amour qui n'a plus besoin de mots, car il est ancré dans le Cœur de Dieu. Ne te sens jamais coupable de ton bonheur. Ben veut que tu voles haut, comme il aimait regarder les avions voler, avec la liberté des enfants de Dieu.
Alan et Thao, votre amour pour Ben ne s'est pas éteint avec son départ ; il a trouvé un nouveau chemin, discret et vivifiant, à l'image de ce puits creusé au nom de Ben, le « Giếng Gioan Baotixita », pour donner de l'eau fraîche à ceux qui ont soif. C'est cela, la victoire de la résurrection : transformer les larmes en source, faire jaillir l'espérance là où tout semblait aride. Chaque goutte d'eau qui désaltère un enfant là-bas est un écho de la gentillesse de Ben. Il ne nous a pas quittés pour le néant ; il nous a quittés pour la plénitude. Il est passé de la terre à la vie.
Alors, que pouvez-vous emporter aujourd'hui ? Une seule chose : la permission de ne pas être parfaits dans votre deuil. Vous avez le droit d'être fatigués, d'être tristes, d'être en colère. Dieu vous accueille tels que vous êtes. Il ne vous demande pas d'être forts, il vous demande d'être à Lui. Si vous pleurez, pleurez. Si vous vous sentez perdus, cherchez la main de Jésus. Il est là, dans le silence de votre maison, dans les rêves où Ben vient vous visiter, dans cette attente confiante du Banquet du Ciel. Saint Paul nous dit : « De même que nous avons porté l'image de celui qui est fait de terre, nous porterons aussi l'image de celui qui est venu du ciel. » Ben porte désormais cette image céleste, et il vous attend. Il vous attend avec cette même patience et cette même douceur qu'il avait quand il vous regardait avec tant d'amour. Levez les yeux vers le ciel, comme il aimait le faire pour repérer les avions. Il est là-haut, il veille sur vous, il vous aime. Et un jour, la promesse sera tenue : vous vous retrouverez, et cette fois, pour l'éternité. Amen.
For the intentions entrusted to Ben on our prayer wall:
Comme nous l’avons appris du Sauveur, et selon son commandement, nous osons dire :
Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Amen.
Que le Seigneur vous bénisse et vous garde, qu'il fasse briller sur vous son visage et vous donne la paix. Allez dans la paix du Christ.
✝ Que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.