Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Que la paix et la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soient avec vous tous.
Seigneur, aie pitié de nous. Ô Christ, aie pitié de nous. Seigneur, aie pitié de nous.
Il y a des jours où le ciel semble se refermer, où le silence de Dieu ressemble à une porte close, une porte verrouillée à double tour. Job, dans notre première lecture, crie cette détresse que nous connaissons si bien. Il regarde les montagnes, il regarde les étoiles, il regarde la mer, et il dit : « S'il passe près de moi, je ne le vois pas ; s'il s'en va, je ne le sens pas. » C’est l’expérience de l’absence. C’est cette sensation, trois mois après le départ de Benjamin, que le monde continue de tourner, que les avions continuent de déchirer le ciel, mais que le siège à côté de vous est vide, que la voix qui disait « Bonjour, Papa » s'est tue dans le temps, mais pas dans votre cœur.
Regardez Job. Il ne cherche pas à justifier sa douleur par de grandes théories. Il se tient devant Dieu dans une nudité totale. Il dit : « Si j'avais raison, je ne pourrais pas répondre, je ne pourrais que supplier celui qui me juge. » Il y a une honnêteté brutale dans ces mots. Job nous autorise à ne pas faire semblant. Il nous autorise à dire à Dieu : « Pourquoi ? » sans craindre d'être punis pour notre audace. Dieu préfère vos larmes sincères à vos prières polies mais vides. Il préfère votre cri à votre silence résigné.
Dans l’Évangile, Jésus est en route. Il marche vers Jérusalem, vers son propre sacrifice. Sur le chemin, il rencontre des hommes qui veulent le suivre, mais qui mettent des conditions. « Laisse-moi d'abord enterrer mon père », dit l'un. « Laisse-moi d'abord faire mes adieux à ma famille », dit l'autre. Jésus est exigeant, presque dur : « Personne qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est fait pour le Royaume de Dieu. » Ce n'est pas un rejet de la famille, ni un mépris pour le deuil. C’est un appel à ne pas laisser le passé, aussi douloureux soit-il, devenir une prison qui nous empêche de vivre le présent.
Benjamin, ce garçon à l’intelligence si vive, ce jeune homme qui codait des applications avec une précision d'ingénieur, comprenait intuitivement cette logique de l'élan. Il ne regardait pas en arrière. Il vivait dans l'émerveillement. Vous vous souvenez de cette photo où il porte une chemise violette, tenant une colombe blanche sur son bras, avec ce regard de curiosité pure ? Il ne cherchait pas à posséder l'oiseau. Il s'émerveillait de sa présence. Il était comme ça avec vous, avec Ryan, avec son oncle William. Il était tout entier dans l'instant, tout entier dans le don. Il ne calculait pas. Il ne gardait pas. Il offrait.
Alan, Thao, je veux vous parler de ce poids que vous portez. Cette culpabilité qui murmure dans le silence de la nuit : « Si j'avais su, si j'avais fait ceci, si j'avais été là. » Je vous le dis au nom du Christ : c’est un mensonge. La maladie n’est pas une punition. Elle n’est pas le résultat d’une erreur de votre part. Comme le dit Jésus face à l’aveugle-né, ce n’est ni lui, ni vous. C’est un mystère de ce monde déchu, un mystère qui échappe à toute maîtrise humaine. Vous n’avez rien manqué. Vous avez été, jusqu’à la dernière seconde, les mains de Dieu pour Ben. Vous avez été son ciel sur terre. Ne vous accusez pas. Dieu ne vous accuse pas. Il vous console.
Regardez Ryan. Ton frère ne t'a pas quitté. Il est présent dans chaque souvenir, dans chaque projet, dans chaque rêve. Tu te souviens de ces moments où vous étiez ensemble, dans ce chalet, à regarder en bas depuis la rambarde ? Vous étiez complices, unis par ce lien que la mort ne peut pas rompre. Ben est fier de toi. Il veut que tu continues à construire, à apprendre, à rire. Il veut que tu voles haut, comme il aimait regarder les avions voler. Ne te sens jamais coupable de vivre, de grandir. Ton bonheur est le plus bel hommage que tu puisses offrir à ton frère.
La vie de Ben, cette vie si courte mais si pleine, est comme un code informatique parfait : chaque ligne était écrite avec amour, avec respect, avec cette gentillesse qui était sa signature. Il était un garçon qui, à 15 ans, avait déjà compris que le plus grand investissement n'est pas dans l'argent, mais dans le cœur. Cette offre de donner toute sa tirelire pour son oncle, sans même l'ouvrir, sans même la briser — c'était là le sommet de son âme. Il avait tout donné avant même que la demande ne soit faite. C’est cela, la charité chrétienne.
Aujourd'hui, alors que nous célébrons saint Jérôme, cet homme qui a consacré sa vie à traduire la Parole de Dieu pour qu'elle devienne accessible à tous, nous nous rappelons que la Parole est vivante. Elle n'est pas une lettre morte. Elle est le souffle qui nous porte. Ben est maintenant dans cette Parole, il est dans le Verbe de Dieu. Il n'est plus limité par les frontières, par les aéroports, par le temps. Il est là où tout est réuni.
Vous souffrez, et c'est normal. Ne cherchez pas à supprimer votre douleur, cherchez à la transformer en prière. Chaque fois que vous ressentez ce manque, dites : « Seigneur, je te le donne. » C’est cela, mettre la main à la charrue. Ce n’est pas oublier Ben, c’est avancer avec lui, vers le même but. Le ciel n'est pas un lieu lointain. C'est le lieu où Ben vous attend, avec ce même sourire, cette même bienveillance, cette même lumière qui a illuminé vos vies pendant quinze ans.
Ne vous laissez pas enfermer dans le tombeau du « si seulement ». Sortez à la lumière. Continuez à faire le bien en son nom, comme vous le faites avec ce puits à Cà Mau, avec ces gestes de charité cachés, avec cet amour qui continue de couler. Vous n'êtes pas seuls. Le Christ marche avec vous sur ce chemin difficile. Il est le Berger qui porte sur ses épaules non seulement la brebis perdue, mais aussi ceux qui cherchent la force de continuer à marcher.
Benjamin Vo, notre cher Ben, est un ange de Dieu. Il vous aime. Il intercède pour vous. Il attend le jour où, au Banquet du Ciel, il vous accueillera avec la même joie qu'il partageait avec vous lors de vos voyages, lors de vos repas, lors de vos moments de complicité. En attendant ce jour, tenez-vous la main. Soyez doux les uns avec les autres. Pardonnez-vous ce que vous croyez avoir raté, car Dieu, lui, a tout vu et il a tout béni. Vous avez été des parents admirables. Vous avez été un frère exemplaire. Et Ben, lui, est la preuve que l'amour ne meurt jamais. Il est vivant en Dieu. Il est vivant en vous. Il est vivant dans chaque acte de bonté que vous poserez aujourd'hui. Avancez avec confiance. Le ciel est ouvert, et Ben vous y attend. Amen.
For the intentions entrusted to Ben on our prayer wall:
Comme nous l’avons appris du Sauveur, et selon son commandement, nous osons dire :
Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Amen.
Que le Seigneur vous bénisse et vous garde, qu'il fasse briller sur vous la lumière de son visage et vous donne sa paix. Allez dans la paix du Christ.
✝ Que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.