Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Que la grâce et la paix de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ soient avec vous tous.
Seigneur Jésus, tu es venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs : prends pitié de nous. Ô Christ, tu nous regardes avec amour et tu nous invites à te suivre : prends pitié de nous. Seigneur, tu es le médecin de nos âmes et tu nous offres ta miséricorde : prends pitié de nous.
Il y a, dans le récit de la vocation de Matthieu, un détail qui frappe par sa sobriété presque brutale : « Jésus vit un homme, du nom de Matthieu, assis au bureau des impôts. Il lui dit : "Suis-moi". Il se leva et le suivit. » C’est une scène d’une simplicité désarmante. Matthieu n’était pas en train de prier au temple, il n’était pas en train de chercher une illumination spirituelle. Il était assis là, au milieu de ses chiffres, de ses taxes, de ses préoccupations matérielles, dans ce lieu où l’on compte, où l’on évalue, où l’on mesure. Et pourtant, en un instant, tout son monde bascule. Ce n’est pas un appel qui demande une longue réflexion ou une préparation complexe. C’est un regard qui rencontre un autre regard, et une vie qui change de direction.
Je pense souvent à cette image quand je songe à Benjamin Vo. Ben n’était pas un garçon qui vivait dans les nuages, bien qu’il aimât tant observer les avions. Il était, lui aussi, un garçon de précision. Il aimait la logique, les mathématiques, la structure complexe des systèmes informatiques. Il était comme Matthieu, capable de plonger dans les détails, de comprendre comment les choses fonctionnent, de construire des ponts entre le réel et le possible. Vous vous souvenez de son enthousiasme pour ses projets, pour le codage, pour cette idée si douce et si drôle d’une « Con Chim Airlines » ? C’était sa manière à lui d’organiser le monde, de chercher la clarté, d’être présent à la réalité avec une curiosité qui ne s’éteignait jamais.
Mais comme Matthieu, Ben possédait ce cœur capable de tout lâcher pour une valeur plus grande. Vous m'avez raconté cette histoire, si belle, si révélatrice de son âme : ce moment où, à quinze ans, il a proposé de donner tout ce qu’il avait dans sa tirelire pour aider son oncle William, frappé par la maladie. Il n’a pas brisé cette tirelire. Il ne l’a pas vidée sur une table pour faire étalage de sa générosité. Ce n’était pas un geste de théâtre. C’était une offrande silencieuse, une disposition de cœur. C’est là que réside la véritable grandeur de Benjamin : il était assez brillant pour comprendre la valeur de l’argent, mais assez saint pour savoir que le seul trésor qui compte vraiment est celui que l’on donne par amour.
Nous sommes ici, trois mois après son départ, dans une maison qui porte encore le silence de son absence. Et je sais, Alan, Thao, Ryan, que ce silence a parfois un poids insupportable. Le deuil n’est pas une ligne droite. C’est un chemin où l’on se réveille parfois avec l’impression de porter une montagne. Il y a des moments où, dans le creux de la nuit ou au détour d’une pièce, le besoin de comprendre le « pourquoi » devient une douleur physique. Vous avez porté ce fardeau, vous avez cherché des signes, vous avez revécu les jours passés. Et je veux vous dire, avec toute la tendresse de Dieu : déposez ce jugement que vous portez contre vous-mêmes. La souffrance de Ben n’est pas le résultat d’une erreur, ni d’une négligence, ni d’un manque de soin. Comme Jésus l’a dit à propos de l’aveugle-né, ce n’est ni la faute de l’enfant, ni celle de ses parents. La maladie est un mystère qui échappe à notre contrôle, un événement qui survient sans que personne ne puisse l’empêcher, malgré toute la vigilance du monde. Vous n’avez rien manqué. Vous avez été, jusqu’au dernier souffle, des parents qui ont aimé avec une intensité héroïque. Dieu ne vous accuse pas. Pourquoi, vous, vous infligeriez-vous cette condamnation ? Laissez cette culpabilité tomber au pied de la Croix. Elle n’a plus de prise sur vous.
Regardez l’Évangile de ce jour. Les pharisiens, ces hommes de la loi, s’offusquent : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? » Ils veulent des règles, des séparations, des explications. Et Jésus, dans sa réponse, nous ouvre une fenêtre sur le cœur de Dieu : « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. » Il se place là où est la blessure. Il s’assoit à la table de ceux qui sont exclus, de ceux qui souffrent, de ceux qui sont marqués par la fragilité. Ben est aujourd’hui à cette table, à la table du Banquet de Dieu. Il n’est plus dans l’attente, il n’est plus dans la lutte. Il est dans la plénitude de celui qui a été appelé par son nom et qui a répondu par tout son être.
Dans la première lecture, saint Paul nous exhorte à vivre « avec toute humilité et douceur, avec patience, en nous supportant les uns les autres avec amour ». C’est exactement ce que Ben a fait. Il a vécu avec cette douceur qui désarmait ceux qui l’entouraient. Il n’a jamais cherché à être le centre, il a simplement cherché à être présent, à être un frère pour Ryan, un fils pour vous, un ami pour ceux qui avaient la chance de le connaître. Il a « conservé l’unité de l’Esprit par le lien de la paix ». Et cette paix, il vous la laisse maintenant. Elle n’est pas une paix qui efface la tristesse, mais une paix qui permet de continuer à marcher.
Ryan, mon garçon, regarde-moi. Ton frère ne t’a pas laissé seul. Il est celui qui, dans tes rêves, continue de partager ces moments de joie — ce tour de montagnes russes, ce rire complice. Il est ton ange. Il ne veut pas que tu portes le poids de son absence comme une chaîne. Il veut que tu vives, que tu grandisses, que tu sois curieux du monde, tout comme lui. Chaque fois que tu regarderas un avion dans le ciel, chaque fois que tu coderas une ligne de programme, chaque fois que tu feras preuve de cette bonté qui est la tienne, souviens-toi que Ben est là, à tes côtés, fier de toi, t’encourageant avec ce sourire qui ne s’éteindra jamais.
Alan et Thao, votre amour pour Ben a trouvé un chemin magnifique pour continuer à donner la vie. Ce puits, ce « Giếng Gioan Baotixita » à Cà Mau, est le signe que l’amour de Ben n’est pas mort. Il est vivant, il coule, il désaltère. C’est cela, la foi. C’est transformer une tombe en source. C’est refuser que la mort ait le dernier mot. Chaque enfant qui boit cette eau, chaque famille qui est aidée en son nom, est un prolongement de la vie de Ben. Il continue de faire le bien, il continue d’être ce garçon généreux qui voulait aider son oncle, qui voulait prendre soin des autres. Il est, par sa charité, plus présent que jamais.
Alors, que pouvez-vous emporter aujourd’hui ? Une seule chose, toute simple : la permission d’être heureux. Ne vous sentez pas coupables de sourire, ne vous sentez pas coupables de vivre. Ben est dans la lumière, il est dans la joie parfaite. Il attend le jour où vous vous retrouverez. En attendant, il vous demande de porter ce deuil non pas comme un poids, mais comme une attente. Soyez attentifs aux signes de sa présence — dans le silence, dans vos rêves, dans la force que vous trouvez pour vous lever chaque matin. Jésus est avec vous. Il est le médecin qui soigne vos cœurs brisés. Il est celui qui, comme il a regardé Matthieu, vous regarde aujourd’hui avec une tendresse infinie et vous dit : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »
Allez en paix, portés par l’amour de ce garçon qui a fini sa course, mais qui, depuis le Ciel, continue de veiller sur vous, de vous aimer, et de vous attendre. La vie est un vol, et Ben a déjà atterri dans la sécurité du Père. Un jour, vous rejoindrez ce vol, et la joie sera totale. Amen.
For the intentions entrusted to Ben on our prayer wall:
Comme nous l’avons appris du Sauveur, et selon son commandement, nous osons dire :
Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Amen.
Que le Seigneur nous bénisse, nous garde de tout mal et nous conduise à la vie éternelle. Allez dans la paix du Christ.
✝ Que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.