Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Que la grâce et la paix de Dieu notre Père et de Jésus-Christ notre Seigneur soient toujours avec vous.
Seigneur, aie pitié de nous. Ô Christ, aie pitié de nous. Seigneur, aie pitié de nous.
Il y a, dans les souvenirs de votre famille, une image qui semble suspendue dans une lumière particulière, celle d'un après-midi de vacances où Benjamin, avec cette attention qui n'appartenait qu'à lui, s'arrêtait pour observer le ciel. Il ne regardait pas seulement les nuages ; il traçait, dans son esprit, les trajectoires invisibles des avions, imaginant déjà les destinations de sa future compagnie, 'Con Chim Airlines'. Il y avait dans ce regard une soif, une curiosité qui cherchait à percer l'horizon. Il ne se contentait pas de ce qu'il voyait ; il voulait comprendre ce qui se cachait derrière le bleu du ciel.
Mais aujourd'hui, trois mois après le 13 juin, ce ciel semble parfois s'être refermé. Le silence qui habite votre maison, Alan, Thao, Ryan, est un silence qui interroge. Vous regardez ces photos, ces moments où Ben souriait à la vie, et vous vous demandez où est passé ce garçon qui, à quinze ans, possédait une sagesse si précoce qu'il était prêt à offrir tout ce qu'il possédait, sans même briser sa tirelire, par pure compassion pour son oncle William. Vous vous demandez, dans le secret de vos cœurs, si cet amour, si cette générosité, n'ont pas été engloutis par une absence qui semble ne jamais finir.
Le prophète Isaïe, dans la première lecture, nous offre une image bouleversante. Il nous parle d'une montagne, celle du Seigneur, où sera préparé un festin de mets succulents et de vins choisis. « Sur cette montagne, il détruira le voile qui fait le deuil de tous les peuples, le linceul qui recouvre toutes les nations. Il détruira la mort pour toujours. » Le Seigneur, dit le prophète, essuiera les larmes sur tous les visages. C’est une promesse qui ne parle pas d’un futur lointain, mais d’une réalité qui a déjà commencé. Ben, ce garçon brillant qui aimait tant la logique et la structure, est aujourd'hui assis à ce festin. Il n'est plus limité par les frontières de ce monde. Il est là où il n'y a plus de voile, plus de linceul, plus de douleur.
Je sais que la culpabilité est une ombre qui s'insinue parfois, surtout quand on a tant aimé. On se demande si on a manqué un signe, si on aurait pu faire plus, si on aurait pu protéger Ben de cette épreuve. Laissez-moi vous dire, au nom de Celui qui est la Vérité : vous n'avez rien manqué. Vous avez été, pour Benjamin, un refuge de tendresse. Cette maladie n'est jamais une punition, ni le résultat d'un oubli ou d'une erreur de votre part. Comme Jésus l'a dit à propos de l'homme né aveugle, ce n'est ni la faute de l'enfant, ni celle des parents. Certaines souffrances sont des mystères qui dépassent notre compréhension humaine. Dieu ne vous accuse pas. Pourquoi vous accuserez-vous vous-mêmes ? Vous avez été des parents admirables, et votre amour a été le reflet le plus pur de l'amour de Dieu pour lui.
Regardez l'Évangile d'aujourd'hui. Jésus nous parle d'un roi qui prépare un festin de noces pour son fils. Il invite, il insiste, il veut que la salle soit remplie. Il envoie ses serviteurs sur les chemins pour inviter tous ceux qu'ils trouvent, les bons comme les mauvais. C'est là la nature de Dieu : il veut que personne ne manque à la fête. Et pourtant, il y a cet homme qui se présente sans habit de noce. Ce n'est pas une question de vêtement extérieur, c'est une question de cœur. L'habit de noce, c'est la foi, c'est cette confiance qui nous permet d'entrer dans la présence de Dieu sans rien posséder d'autre que son amour.
Ben avait cet habit. Il l'avait cousu, jour après jour, dans sa douceur, dans son sourire, dans ce désir de donner tout ce qu'il avait pour les autres. Quand il a proposé d'aider son oncle, il ne cherchait pas une récompense. Il vivait déjà dans la logique du Royaume, où l'intention du cœur vaut plus que l'or. C'est cette pureté que le Seigneur accueille aujourd'hui. Il n'est pas un étranger au festin ; il est un invité d'honneur.
Ryan, mon garçon, regarde-moi. Ton frère est là. Il te regarde. Le lien qui vous unit, ce lien de frères, ne s'est pas rompu. Il s'est transformé. Il est devenu plus fort, plus grand, plus profond. Quand tu te sens seul, quand le silence devient trop lourd, rappelle-toi que tu as un frère qui t'aime, qui t'encourage, qui est fier de toi. Il ne t'a pas quitté. Il est ton ange, il est ta force, il est ton compagnon de route dans chaque rêve que tu feras, dans chaque projet que tu entreprendras.
Alan, Thao, je sais que vous cherchez Ben dans vos rêves. Cette soif est sainte. C'est la soif de l'amour qui ne veut pas lâcher prise. Mais rappelez-vous que Dieu est le Dieu des vivants. Le puits que vous avez creusé à Cà Mau, cette eau vive qui désaltère les assoiffés au nom de Ben, est le signe que sa vie continue de porter du fruit. Ce n'est pas un simple mémorial ; c'est une source. Chaque goutte d'eau qui jaillit là-bas est un signe de la vie de Ben qui continue de couler, de nourrir, de consoler. Vous ne faites pas seulement le bien en son nom ; vous prolongez son souffle. Vous êtes les gardiens de son amour.
Saint Paul, dans la deuxième lecture, nous dit : « Je sais vivre de peu, je sais vivre dans l'abondance. [...] Je peux tout en celui qui me donne la force. » C'est cette force que je vous demande de demander aujourd'hui. Pas la force de tout comprendre, pas la force de ne plus pleurer, mais la force de continuer à vivre, de continuer à espérer, de continuer à aimer. Dieu ne vous demande pas d'être parfaits. Il vous demande de vous laisser aimer par Lui, même dans votre détresse, même dans vos larmes.
Ben était un garçon de don. Il a vécu en cherchant à s'élever, à comprendre, à relier. Maintenant, il est arrivé à destination. Il est là où il n'y a plus de 'con chim' à construire, car il est lui-même devenu un enfant de la lumière, un passager du ciel. Il vous attend, non pas avec tristesse, mais avec ce sourire qui était sa signature, ce sourire qui disait que, malgré tout, la vie est un don inestimable.
Alors, que pouvez-vous emporter aujourd'hui ? Une seule chose : la permission d'être faibles, et la certitude d'être aimés. La prochaine fois que vous sentirez l'anxiété monter, que vous sentirez le besoin de 'faire' pour combler le vide, arrêtez-vous. Respirez. Dites simplement : 'Seigneur, je te confie Ben, et je me confie à toi.' C'est cela, le chemin d'éternité. C'est la confiance que, même dans l'obscurité, nous ne marchons pas seuls. Ben est dans la lumière, et il vous attend. Tenez-vous la main. Soyez doux les uns avec les autres. Pardonnez-vous ce que vous croyez avoir raté, car Dieu, lui, a tout vu et il a tout béni. Vous avez été des parents admirables. Vous avez été un frère exemplaire. Et Ben, lui, est la preuve que l'amour est plus fort que la mort. Amen.
For the intentions entrusted to Ben on our prayer wall:
Comme nous l’avons appris du Sauveur, et selon son commandement, nous osons dire :
Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Amen.
Que le Seigneur vous bénisse et vous garde, qu'il fasse briller sur vous son visage et vous donne sa paix. Allez dans la paix du Christ.
✝ Que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.